Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Sarah ressort des galeries, traumatisée par le carnage dont elle vient d'être le témoin. Peu convaincu de l'histoire relatée par celle-ci, le shérif Vaines l'oblige à retourner avec lui sur les lieux du drame...
Par Dante
Le fait qu’on donne une suite à l’un des grands succès de l’horreur de cette décennie n’a en soi rien d’étonnant, c’était donc presque avec indifférence que le projet fut accueilli. La suite de The descent s’était parée de très beaux atours : la présence de son géniteur Neil Marshall en tant que
producteur exécutif, la réalisation confiée au monteur du premier opus, Jon Harris et le talentueux James Watkins (Eden Lake) au script, le résultat promettait tout de même d’être alléchant.
Pour l’heure, les scénaristes se sont basés sur la fin alternative qui fait partie du montage américain dans lequel l’héroïne s’en sortait par la grâce d’un quelconque tour de passe-passe scénaristique. Malheureusement, The descent 2 ne s’arrête pas là au niveau incohérence, puisque visiblement pressé de retourner dans les ténèbres souterrains qui ont fait le succès du premier, Jon Harris balance trois spéléologues à peine esquissés, deux flics paumés et la pauvre Sarah, rescapée du premier épisode, contrainte de retourner dans l’enfer des Crawlers puisqu’elle refuse de se souvenir de ce douloureux épisode. Le spectateur a donc à peine le temps de comprendre ce qui se passe qu’il se retrouve plongé dans le noir à la lueur des lampes torches.
Une fois perdu dans les grottes labyrinthiques, Jon Harris se retrouve confronté à un problème, comment se démarquer de son ainé, quand on ne peut filmer que des murs de roches et des ténèbres. Et au monteur de céder à la facilité, en s’essayant au dangereux jeu du bigger and louder. Plus question ici d’allégorie de la féminité ni de retour à la bestialité, toutes les scènes ne sont que prétexte à de l’action, à des cris et à du sang. Et Harris s’en donne à cœur joie quand il s’agit de filmer les effusions d’hémoglobine, donnant ainsi l’impression de n’avoir retenu du
premier épisode que les héroïnes couvertes de sang et de boue. Le côté claustro du film de Marshall se retrouve ici relégué à quelques scènes bâclées. Là où The descent part 2 s’éloigne dangereusement de son modèle, c’est dans le traitement des Crawlers, ces créatures aveugles qui surgissaient du noir dans une violence inouïe, ne sont ici des petits farceurs qui s’amusent à se cacher derrière les gens pour leur faire peur. Et comble de l’incohérence, ils sont capables de chasser en plein jour, ruinant ainsi la mythologie mise en place dans le premier opus.
Là où Neil Marshall avait choisi la liberté artistique d’explorer le nihilisme et le désespoir, Jon Harris choisit le conformisme et opte pour un récit hautement prévisible. The descent part 2 devient alors un survival comme il en existe des centaines, pas honteux en soi mais handicapé par une paternité plus qu’imposante.
Tous ceux qui avaient été fortement impressionnés et très agréablement surpris par The Descent (et ils sont nombreux) accueillirent avec beaucoup de suspicion l’annonce d’une pourtant inévitable séquelle. Comment retrouver la hargne, la surprise, la nouveauté et la spontanéité du huis clos de Neil Marshall ? D’autant que ce dernier cède ici le pas à son monteur Jon Harris, passant pour la première fois derrière
la caméra. Autant le dire tout de suite : la déception dépasse largement toutes nos craintes. Le premier problème majeur de cette suite est qu’elle repose sur le montage américain de The Descent, sensiblement différent de la version originale vue en Europe.
En effet – attention, la phrase qui suit est réservée à ceux qui ont vu le premier film – si Neil Marshall avait réservé à son héroïne Sarah un sort peu enviable en la laissant définitivement enfermée dans les dédales souterrains où régnaient les redoutables « crawlers », les distributeurs US ont opté pour un ridicule happy ending lui permettant de ressortir à la surface et de s’échapper. The Descent part 2 reprend donc l’action à ce stade précis. Sarah (toujours incarnée par Shauna MacDonald) est passablement traumatisée, et une équipe de secours dirigée par l’acariâtre shérif Vaines (Gavan O’Herlihy) s’apprête à redescendre sous terre afin de retrouver les cinq disparues. Via un prétexte scénaristique gros comme une maison, Sarah est sommée d’intégrer cette équipe, et le cauchemar recommence sans surprise…
Le film multiplie dès lors les incohérences (certains personnages morts dans le film précédent reviennent ici en pleine forme), les effets faciles (les monstres n’en finissent plus de surgir dans le champ de la caméra en faisant « bouh ! » pour nous effrayer), les caractérisations caricaturales (Sarah s’est muée en véritable Terminator, le shérif est un sale type antipathique sans l’once d’une nuance) et les rebondissements absurdes (la scène finale, dans le genre, vaut son pesant de cacahuètes). Mangeant un peu à tous les râteliers, Jon Harris se dit que quelques trucages gore ne peuvent pas faire de mal, faisant donc gicler le sang et charcutant la chair humaine dès que l’occasion se présente, et confond rythme et rapidité, concoctant des scènes d’action parfaitement illisibles – ce qui est tout de même un
comble pour un ex-monteur.
Certes, deux ou trois séquences de suspense surnagent, notamment lorsque les protagonistes doivent braver leur vertige, mais l’ensemble gravite désespérément au premier degré, oubliant toutes la métaphore de la pénétration de l’intimité féminine qui sous-tendait le premier The Descent pour se contenter d’en imiter servilement – et maladroitement – les scènes choc. C’est d’autant plus dommage que le pitch de cette séquelle – une équipe de secours menée par la survivante d’un massacre part à la chasse aux monstres sur un terrain hostile – rappelait beaucoup celui d’Aliens et aurait donc pu donner lieu à un second épisode mouvementé transcendant les composantes du premier opus. Mais il eût fallu à la barre du projet des artistes animés par une vision, un sens artistique et un discours qui font ici cruellement défaut.
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