Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
William T. O’Niel est un marshal envoyé sur la colonie minière de Io, une lune de Jupiter, pour enquêter sur les décès de plusieurs mineurs. Il découvre que les travailleurs utilisent tous une drogue qui augmente leur productivité mais finit par les rendre fous. O’Niel parvient à identifier les responsables du trafic, devenant alors la cible d’assassins engagés pour le tuer. Par intérêt ou par lâcheté, personne parmi la population n’ose lui venir en aide...
Sur IO, troisième lune de Jupiter, une compagnie d’exploitation minière a constitué une colonie chargée de récolter du titanium. Le seul problème pour le marshall plutôt fort en gueule et tête dure O’Neal (Sean Connery), fraîchement débarqué, c’est la multiplication des crises de folie létale qui touchent les ouvriers, et le fait qu’on lui demande de ne pas s’en soucier. Décidé à résoudre cette énigme, il se confronte à un trafic de stupéfiant qui parce qu’il améliore le rendement, est cyniquement organisé par la compagnie elle-même, et découvre que la corruption gangrène tous les niveaux de décision de la station d’IO. Son enquête opiniâtre le conduira à faire l’objet d’un contrat planifié par Sheppard en personne (Peter Boyle, impeccable en salaud à col blanc), le directeur de l’exploitation..
Surtout connu par les uns pour son ambitieux 2010, l’année du premier contact (1984), et par les autres pour son vénal Timecop (1994), Peter Hyams
réalisait en 1981, peu de temps après l’énorme carton d’Alien, le huitième passager, le western crépusculaire de science-fiction Outland, apportant
une pierre de touche non négligeable à un genre en pleine évolution à l’époque. La gageure du film était pourtant quelque peu audacieuse. En effet, si
vouloir reprendre l’idée déjà développée dans le film de Fred Zinneman, Le train sifflera trois fois (un shérif voit son exécution programmée sans pouvoir
espérer l’aide des habitants de la ville trop lâches ou trop intéressés), considéré comme un chef d’œuvre avant-gardiste du western crépusculaire, était
déjà délicat en soi, vouloir la transposer dans le cadre de la conquête spatiale pouvait avoir de quoi laisser dubitatif.
Peter Hyams, conscient des difficultés que soulevait cette transposition, du far west à notre galaxie, d’un exercice aussi astreignant que peut l’être le thème d’une mise à mort programmée, et du traitement sous forme d’attente qu’il réclame, va tabler sur le même dispositif que celui d’Alien : l’espace cloisonné à double dimension. En dépit des premiers plans qui nous offrent, en guise de vue globale de la colonie, une maquette qui tient du carton pâte (faut-il y voir un clin d’oeil aux vieux films de SF, cette maquette apparaissant par la suite dans le bureau de Sheppard ?), Hyams déroule son histoire presque entièrement intra muros de la station qui héberge les colons (les quelques rares sorties ne servent en définitive qu’à souligner combien la vie est impossible en dehors de la station). C’est dans cet entre-deux, qui relève du huis clos et du dédale létal sans issue, que réside l’une des plus grandes forces du cadre visuel d’Outland : il ouvre une étendue suffisamment grande pour réaliser un film à suspense dont la dynamique reste orientée du côté du film d’action, tout en demeurant aussi étroit qu’un scaphandre, puisqu’il est lui-même clairement délimité sur une lune inhospitalière dans l’immensité obscure de l’espace. L’atmosphère est en conséquence de bout en bout tout aussi énergique qu’oppressante, et l’occasion pour Jerry Goldsmith de signer l’une des meilleures BO de sa carrière, sa musique, spacieuse et étouffante, en osmose avec le film, relevant d’un impressionnisme proprement sidéral.
L’autre grande force du métrage est son déroulement narratif. Si Outland nous fait pénétrer dans le vif du sujet, en ouvrant les hostilités visuelles par la mort
délirante et horrible d’un ouvrier qui travaille dans des conditions extrêmes à proximité de la station, le film ne dispose ni du monstre gigérien, ni du cadre du
farwest, pour soutenir et ponctuer sa ligne de tension dramatique. C’est donc sur l’intensité d’une intrigue construite comme un polar ultra carré, que Hyams
assoit son film. L’histoire n’a plus pour centre de gravité le processus du compte à rebours hérité du Train sifflera trois fois, mais l’enquête que mène O’Neal, et
qui déclenche ce compte à rebours en cours de route. Maîtrisant parfaitement l’ambiance infiniment claustrophobique de son métrage, le cinéaste s’appuie sur
des personnages suffisamment trempés et épais, qui tout en faisant la part belle à un casting plus que convaincant, assurent au film une assise sans faille.
La déchirure familiale que vit O’Neal a assez de puissance suggestive pour donner toute la mesure de la force et de la solitude de ce marshall grillé et opiniâtre, qui ayant tout perdu, n’a plus rien à perdre ni attendre, sans pour autant accepter de renoncer à la dignité de sa fonction. Elle illustre aussi adéquatement le climat accablant de cette colonie en proie à un trafic de stupéfiant, qui servant d’assommoir à ce milieu d’ouvriers de l’extrême, le ravage. Sean Connery, débarrassé de la panoplie cabotine de James Bond, et plus désespérément viril que jamais, a le physique parfait de l’emploi. Taillé pour porter ce film à lui tout seul, il est cependant très bien épaulé. James Sikking interprète avec beaucoup de justesse Montone, collègue et subalterne d’O’Neal, à la fois amical et responsable, mais usé jusqu’à la corde par ce système corrompu d’exploitation de l’homme par l’homme. Frances Sternhagen, quant à elle, campe subtilement le docteur désabusée Lazarus, apportant ce qu’il faut de force et de fragilité féminines, d’humanité et d’humour, pour que le film ne bascule jamais dans le piège réducteur de la seule relation masculine de pouvoir. Avec une course-poursuite finale qui tient d’un corps-à-corps brillant entre le récit, le décor et les personnages, et qui est digne de figurer parmi les scènes d’anthologie de la SF, Hyams, en utilisant son cadre minimal au maximum de ses possibilités, signe, à la manière d’un chef d’orchestre, un film aussi simple, efficace, qu’imparable.
Pari remarquablement réussi du mélange de genres tels que la SF, le polar et le western crépusculaire, Outland est à n’en point douter l’un des films clés du renouvellement de la science-fiction qui a eu lieu au cours des 80’s, et accessoirement, l’un des meilleurs métrages de Peter Hyams. Bien que souffrant de quelques petites lacunes formelles (une prise de sang trop clair par ci, une main plongée dans un liquide bouillant et encore trop fonctionnelle par là), et bien qu’il n’ait jamais atteint un statut culte, il est l’un des jalons incontournables qui ont incontestablement influencé l’avenir du cinéma dans son genre. De quoi regretter le tournant commercial et superflu que prendra plus tard la carrière de Hyams.
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