Critique de film

Hercule contre les tyrans de Babylone

"Ercole contro i tiranni di Babilonia"
affiche du film

À la suite de l’attaque de son bateau, la reine Hesperie est prisonnière, ainsi que les autres passagers, des trois tyrans de Babylone : Assur, Salmanassar et Tanit leur sœur. Tous trois se préparent à vendre leurs captifs comme esclaves, ignorant que dans le lot se trouve une reine.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Hercule contre les tyrans de Babylone - Huile de bras
Par : Fred Pizzoferrato

La vague du péplum mythologique (aussi dénommé « Sword and Sandals » ou « muscle opera ») fut éphémère mais de grande importance dans l’histoire du cinéma de genre italien. Lancées en 1957 par l’énorme succès de Les travaux d’Hercule, réalisé par Pietro Francisci avec Steve Reeves (rapidement suivi d’une séquelle, Hercule et la reine de Lydie), ces adaptations fantaisistes des mythes de l’Antiquité greco-latine vont se multiplier jusqu’au milieu des années 60. Durant une demi-douzaine d’années, les cinéastes de la Péninsule (Vittorio Cottafavi et Ricardo Freda en tête), brassent les légendes et proposent les exploits de héros musculeux combattant l’infamie. Les plus populaires d’entre eux, à savoir Hercule et Maciste, eurent droit à une vingtaine de longs-métrages chacun, incarnés par une tripotée de gros bras menés par Steve Reeves. A sa suite on vit débarquer les culturistes Reg Park, Mark Forest, Brad Harris, Gordon Scott, Kirk Morris, Ed Fury et quelques autres, dont Rock Stevens reprenant le rôle du demi-dieu dans cet Hercule contre les tyrans de Babylone.

Né à Indianapolis en 1932, ce culturiste hyper baraqué d’un mètre 93 centimètres reçut quelques prix de bodybuilding avant de se lancer dans le cinéma. Son premier rôle pour les grands écrans fut d’ailleurs notre Hercule contre les tyrans de Babylone, qu’il enchaîna avec une poignée de péplums, jouant tant Goliath que Spartacus. Abandonnant ensuite son pseudonyme pour reprendre son nom civil de Peter Lupus, l’acteur devint Willy Armitage dans les 158 épisodes de la série télévisée culte « Mission : Impossible ». Puissant, très carré, mais assez inexpressif, Rock Stevens / Peter Lupus ne brille guère par son jeu et semble d’ailleurs placé en retrait par le cinéaste qui évite de trop lui en demander et se contente d’exploiter sa musculature impeccablement huilée. L’acteur laisse donc les trois méchants dominer le métrage de leur diabolique stature et de leur jeu cabotin rivalisant d’attitudes très « maîtres du mal » plutôt réjouissantes.

Hercule contre les tyrans de Babylone prend place environ un millénaire avant Jésus-Christ, alors que la belle cité de Babylone se trouve à son apogée. Lorsque le Roi décède, le pays tombe sous la domination de ses deux fils et de sa fille, chacun souhaitant évidemment diriger seul Babylone. Azzur, Salman Osar – responsable des armées – et la belle Taneal sont donc plongés dans des intrigues de cour complexes. Pour entretenir leur royaume, les trois souverains ont besoin d’une main d’œuvre importante mais, pingres comme ils sont, ils préfèrent employer des esclaves plutôt que sous payer des ouvriers. Mais un homme n’aime guère le trafic d’esclaves et cet homme c’est évidemment le valeureux Hercule, capable de battre une armée à lui seul et de libérer des colonnes de prisonniers en lançant d’énormes rochers sur leurs gardiens. Que vient donc faire ce demi-dieu grec au milieu de ce foutoir politique ? Il cherche tout simplement son amoureuse, la Reine de Grèce (ben oui, Hercule ne va quand même pas sortir avec la femme de charge du palais), laquelle a été capturée par les vils babyloniens qui, ignorant son identité, la destinent aux travaux manuels. Hercule libère donc un maximum d’esclaves afin de la retrouver.

Pas franchement original, l’intrigue de Hercule contre les tyrans de Babylone reprend les schémas bien connus du péplum bis : demoiselle en détresse, reine de surcroit, méchante et très belle souveraine, monarques mégalomanes et puissant combattant venu remettre de l’ordre dans tout ça en utilisant quasi exclusivement sa musculature et sa massue. Parfois, pourtant, Hercule fait preuve d’un minimum de jugeote et a surtout le don de se trouver au bon endroit et au bon moment. Il surprend ainsi une conversation de la cruelle reine précisant que l’entièreté de Babylone est construite sur des piliers reliés par une chaîne. Un dispositif conçu par le célèbre Dédale permettant l’autodestruction de la cité en cas de besoin (lequel ? Mystère !) mais nécessitant la force de 100 hommes pour être utilisé. Or, justement, Hercule possède la force de 100 hommes…au moins. D’où un climax final très attendu mais assez réjouissant en dépit d’une longueur assez rébarbative, les maquettes (pas spécialement convaincantes) n’en finissant pas de tomber en morceaux. Notons qu’Hercule fait d’ailleurs peu de cas des habitants de Babylone, lesquels ne lui ont pourtant rien fait. Mais bon, quand Hercule fâché, Hercule tout cassé et tant pis pour les dommages collatéraux on n’a pas d’omelette sans casser des œufs !

Hercule contre les tyrans de Babylone souffre d’un manque de budget certain mais se rattrape par une superbe chevauchée finale. S’agit-il d’un stock-shot ? Possible tant ce déploiement de cavaliers tranche avec la figuration restreinte du reste du métrage. Notons d’ailleurs que ces guerriers ne serviront à rien puisque dès la mort de leur Roi ils cesseront le combat pour se replier. D’où le soupçon encore accru d’une séquence de cavalcade puisée dans un métrage plus nanti. Au niveau de la mise en scène on reste dans la moyenne mais Domenico Paolella utilise avec une certaine efficacité les ficelles apprises sur ses précédents péplums (Maciste à la cour du cheik, L’enfer de Gengis Khan, Maciste contre les Mongols, Goliath à la conquête de Bagdad,…) pour tenter de suppléer le manque de budget. Effort louable même si le film manque franchement de punch. Dommage également que certaines situations virent au nanar (lors d’une bagarre voulue palpitante les massues des combattants résonnent comme de simple bout de plastique !) et que les dialogues n’évitent pas un humour involontaire encore assez savoureux au second degré il faut bien l’avouer, en particulier « Ne leur donnez ni eau ni nourriture mais ne les laissez pas mourir » ( !). Le final reste tout aussi impayable, Hercule déclarant avec aplomb « voici ton royaume ma reine » devant une étendue désertique plutôt déprimante alors que tous les esclaves tombent béat d’admiration comme Charlton Heston devant le Buisson Ardent. Un grand moment pompeux devant lequel il est difficile de garder son sérieux. Ce qui ne veut pas dire que l’on ne puisse pas prendre plaisir à ces péripéties assez rigolotes pour peu que l’on accepte le côté souvent très nanar du métrage.

En résumé, Hercule contre les tyrans de Babylone s’avère un spectacle sans beaucoup d’ambition mais néanmoins regardable auquel on reprochera surtout un acteur principal peu concerné et un rythme souvent défaillant. Le final rachète en partie ces défauts et l’ensemble constitue donc un divertissement acceptable pour les spectateurs conciliants.

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