Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Quand Katie, une femme ordinaire, rencontre Paco, un homme ordinaire, quelque chose de magique et de miraculeux se produit : une histoire d'amour. De cette union naîtra un bébé extraordinaire : Ricky.
L’atypique François Ozon s’illustre avec Ricky, une fois n’est pas coutume, dans le registre du fantastique, donnant du même coup un nouveau coup de semonce dans sa conquête de l’éclectisme. Fidèle aux prérequis de Todorov, davantage qu’à la nouvelle originelle de la romancière britannique Rose Treman, le cinéaste conte une histoire extraordinaire qui éclabousse le quotidien miséreux de deux ouvriers tombés amoureux l’un de l’autre dans l’usine où ils usent leur bleu respectif. De leur aventure passionnée naît quelques mois plus tard Ricky, nourrisson pleurnichard qui rend encore plus insoutenable un quotidien déjà morose. Alors qu’elle rentre du travail, Katie constate que l’enfant porte d’étranges marques au niveau des omoplates et accuse directement son père de l’avoir maltraité. Vexé par de telles accusations, Paco franchit la porte et abandonne sa petite famille, laissant derrière lui une femme éplorée et un bébé qui cache un étrange secret…
Avec son sujet borderline (un marmot qui voit pousser dans son dos des ailes de poulet) et son casting couillu (Alexandra Lamy jusque-là confinée aux rôles de rigolote de service explore son répertoire dramatique en compagnie de l’incroyable Sergi Lopez), Ricky avait tout du projet casse-gueule pour un cinéaste dont nombre de critiques attendaient le retour, baïonnettes à la main, depuis l’échec financier de son ambitieux Angel.
Nouvelle illustration des thématiques chères au réalisateur (la famille, le gynécentrisme, la différence), la pellicule adopte le ton ironique de la fable tout en mettant en scène des personnages torturés (la scène d’introduction qui suscite l’interrogation) qui évoluent dans un milieu socialement délabré, décrit avec la minutie chirurgicale des frères Dardenne, passés maîtres dans la description de l’indigence et du drame social, tant professionnel (Rosetta) que familial (L’enfant), bien que les deux dimensions s’emboitent à l’envi. A la différence des susnommés, Ozon fonctionne par contraste et colmate la fracture sociale à l’aide d’un événement singulier qui ne deviendra surnaturel, paradoxalement, qu’une fois le mystère catégorisé. Le film, porté par une très convaincante Alexandra Lamy (qui peine cependant à trouver l’équilibre avec Sergi Lopez), quitte avec grâce sa chrysalide pour déployer des ailes plus fantaisistes et gagner de plus en plus d’envergure au fil des minutes, à l’image du chérubin qu’il met en exergue. Ricky, créature mi-angélique (les ailes) mi-démoniaque (l’entame montre une mère réclamer qu’on place l’enfant car il est "difficile"), bouleverse le tableau et égaie, de son
rire et de ses frasques, l’univers grisâtre dans lequel il émerge. Ozon excelle d’ailleurs dans le mélange des pastels, contrebalançant continuellement le tragique par un élément burlesque (la fugue du supermarché), superposant, sans la moindre précaution, fresques poétiques (le retour de Ricky près du lac, une merveille) et désillusions hyper-réalistes (les multiples meurtrissures d’un couple dénué d’ailes) et truffant son oeuvre de plusieurs niveaux de lecture (le bambin ne serait-il pas un fantasme ?).
Nouvel essai réussi pour Ozon, qui continue sa traque aux genres et parvient une nouvelle fois à marier des coloris en apparence impossibles à apparier. Sorte de cache-misère bariolé, Ricky constitue de surcroit un conte étincelant (bien que tordu) qui ruisselle d’humanisme sans sombrer dans la moralisation préfabriquée.
Pas de news associées � ce film actuellement
/B_news>Ce site compte actuellement :
Donnez votre avis sur le film !