Critique de film

Raisins de la mort (Les)

"Les Raisins de la mort"
affiche du film

Une jeune femme découvre la présence d'un pesticide sur les vignes des propriétés environnantes. Elle apprend rapidement que le produit est très toxique : tous ceux qui goûtent au vin produit par les grappes contaminés deviennent de dangereux zombies tueurs.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Les raisins de la mort - Contaminés en grappes
Par : Damien Taymans

Tandis que du côté de Pittsburgh, George Romero fignole ses créatures zombiesques, définissant en l’espace d’une œuvre un genre entier, en Europe, un franchouillard rafistole des vampires, sexys si possible, qui deviennent les sujets d’un artisanat, assez timide en France, celui du film d’épouvante. Il faudra attendre dix ans pour que Romero ne reprenne en main son cycle dévolu aux morts-vivants avec Dawn of the Dead. Dix ans durant lesquelles Rollin persévère avec de nouveaux épisodes de sa saga vampirique surréaliste, avant de connaître, au milieu des années 70, une période de vache maigre qui le conduisent dans le cinéma adulte, pour lequel il signe quelques titres mémorables comme Remplissez-moi … les 3 trous ou encore Petites pensionnaires impudiques.

Plus réservé que les pensionnaires précitées mais habité de la même envie de voir le cours des bourses se redresser, le producteur Claude Guedj engage Rollin pour un film de commande qui devrait se situer au confluent de deux genres alors en vogue : les films de morts-vivants (La nuit des morts-vivants constitue un incunable) et les films-catastrophes (vague lancée par L’aventure du Poseidon et depuis formidablement illustrée par La tour infernale). Les raisins de la mort tente donc de mêler ces deux tendances, apparemment inconciliables, et d’en implanter le fruit dans les terres montagneuses de Cévennes. Des zombies made in Romero, Jean-Pierre Bouyxou et Jean Rollin, ne conservent que la décomposition charnelle, le rassemblement en meute et la tendance à la violence et abandonnent du coup la tendance anthropophage et le mutisme. A l’image des suceurs de sang mis en scène par Rollin, les morts-vivants (en réalité des contaminés puisque l’infection se répand par l’ingestion de vin) constituent de pitoyables créatures, souvent attendrissantes, qui vont et viennent sans cesse entre folie et lucidité (Lucas décapite sa bien-aimée dans un accès de furie avant de couvrir de baisers la tête qu’il tient entre les mains, le père assassine femme et fille avant de supplier Elisabeth de le supprimer).

Une nouvelle fois – la tendance se vérifie même dans ses films X, Rollin compile des images extrêmement poétiques, empreintes de tendresse, mêlées avec grâce à d’autres éléments plus crus (les effets gore supplantent ici les scènes de cul). Cinéma de la métaphore, de l’allégorie, le septième art de Rollin est centré sur l’image, au mépris souvent du script (qui, pour l’heure, observé au microscope, rappelle effectivement les grandes lignes de quelques films-catastrophes), généralement abandonné à quelque scribouillard, chargé de pondre quelques dialogues mièvres qui combleront une mise en scène souvent lancinante. Les Raisins de la mort n’échappe pas à la règle et propose son lot de répliques faussement sentimentales (« Tu ne souffriras jamais comme je souffre. Je te tuerai avant ! »), de dialogues philosophico-métaphysico-bien-pensants (« Les gars qui me plaisent, c’est ceux qui se battaient contre les fascistes, pas pour sauver la partie. Tu vois la différence ? ») et de considérations géographiques à peine hésitantes (« Pour rejoindre le village, il faut marcher vers le soleil » déclame une aveugle qui n’a aucune idée de l’heure qu’il est).

Le spectateur devra s’armer de courage et d’opiniâtreté pour venir à bout de ces Raisins de la mort, seule digression zombiesque de Jean Rollin. Au programme, d’éblouissants plans, façons reconstitutions médiévales, des terroirs français, une jolie Brigitte Lahaie qui offre son corps nu à des inconnus, des maquillages pas toujours réussis et une impressionnante galerie de paysans décérébrés, conscients de leur condition d’anachorètes culturels. Et l’auteur de sauver de justesse la réputation des cépages locaux et, du même coup, de se parer du lustre écologiste, en attribuant la faute aux pesticides et non aux raisins. Le viticulteur hexagonal a eu chaud à ses grappes...


Critique de Les Raisins de la Mort - La Nuit des fous-vivants
Par : Quentin Meignant

Dix ans après que La Nuit des Morts-vivants ait révolutionné le cinéma de genre en faisant oublier l’horreur gothique au profit des productions zombiesques, la France décide d’exploiter cette veine nouvelle par le biais d’une œuvre signée Jean Rollin. En fait, il s’agit d’une grande première pour ce réalisateur qui, jusque là, avait toujours agi indépendamment des studios et qui, à la demande du producteur Claude Guedj, entreprend son premier film de commande, Les Raisins de la Mort, curieuse relecture du mythe créé par Romero. Une jeune femme découvre la présence d’un pesticide sur les vignes des propriétés environnantes. Elle apprend rapidement que le produit est très toxique : tous ceux qui goûtent au vin produit par les grappes contaminés deviennent de dangereux zombies tueurs.

Cette exploitation clairement franchouillarde du thème zombiesque tranche, dès le pitch, avec un cinéma de genre s’appuyant très souvent sur des resucées à peine voilées des techniques du Pape des zombies, créateur d’une vague sans précédent sur le monde de l’horreur. A ce titre, le choix de Jean Rollin, réalisateur atypique s’il en est, n’a rien d’étonnant et le cinéaste tend à le prouver dès les premiers instants. Ceux-ci prennent place dans un train où se trouvent deux jeunes filles qui, rapidement, vont devoir faire face à l’horreur de la contamination. Ces premières séquences donnent indubitablement le ton, Rollin procédant à quelques plans percutants et même assez gores et craspecs. Entre le visu du fuyard contaminé, qui laisse entrevoir de véritables efforts de maquillage, et les stigmates sanguinolents laissés sur le cadavre de la première victime, l’entame des Raisins de la Mort fait preuve d’une certaine inventivité scénique (faite essentiellement de gros plans chocs) versant volontiers dans un genre peu utilisé par Rollin jusque là.

Si le métrage n’apparaît guère comme l’exemple parfait de l’Art habituel de Rollin, ce dernier livre néanmoins un ensemble tout à fait respectable en mettant en scène la fuite de l’héroïne, Elisabeth, dans un univers décalé et adorablement franchouillard qui détourne le mythe zombiesque initié par Romero pour se rapprocher d’une autre de ses œuvres, La nuit des fous-vivants. A ce titre, les crises de démence d’un des pseudo-morts-vivants, dont le visage et le rire paraissent curieusement diaboliques et non moins humains, donnent une nouvelle dimension à l’œuvre, ancrant celle-ci dans une réalité meurtrière. S’adonnant même à la pyrotechnie (ce qui est extrêmement rare dans ses œuvres), Rollin met en place une action assez prenante, notamment dans un final captivant malgré sa prévisibilité ;

Si Les Raisins de la Mort n’a rien du zombie flick habituel et contemporain et n’est nullement symptomatique du cinéma de Rollin, ce dernier parvient à mettre en place une intrigue tout à fait respectable. L’ambiance de cette série B (voire Z) française y est pour beaucoup et le métrage s’impose donc comme un mets cinéphilique plus qu’original.

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