Critique de film

Stake land

"Stake land"
affiche du film

Martin fait partie de ces froussards tremblotants, et son espérance de vie aurait certainement frôlé la demi-heure s’il n’avait pas croisé le chemin d’un chasseur de vampires nommé Mister (et boule de gomme, tatata…). Ce dernier le prend sous son aile et l’emmène avec lui vers le Nouvel Eden, lieu mythique épargné par cette folie carnassière. Sur la route, ils rencontrent une jeune femme enceinte ainsi qu’un autre rescapé qu’ils embarquent dans leur périple.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Stake Land - Desperation road
Par : Samuel Tubez
Tags : Cannibales, Vampires, BIFFF 2011

Après le fauché mais néanmoins fort remarqué Mulberry Street, Jim Mickle et son scénariste Nick Damici nous reparlent de contagion avec Stake Land, récit beaucoup plus ambitieux qui nous plonge dans un futur apocalyptique habité par des vampires, des cannibales et même des membres d’une secte satanique. Vous avez dit no future ?

Martin était un jeune ado comme les autres avant que le pays ne sombre dans une crise politique et économique sans nulle autre pareille. Une épidémie vampirique est à l’origine de ces maux, les créatures étant sur le point de lui extraire son précieux fluide vital après avoir massacrés les membres de sa famille. Heureusement, un inconnu (Nick Damici himself !) l’arrache à leurs canines et, chemin faisant, lui apprend les rudiments de la lutte contre ces monstres. Bientôt rejoint par un ex-soldat, une jeune femme enceinte (Danielle Harris) et une nonne, ils tentent de rejoindre le Canada, considéré comme étant un « nouvel « Eden », en traversant des terres plus hostiles les unes que les autres.

On ne peut décemment pas reprocher à Stake Land ses intentions plus que louables. Avec ses diverses créatures, ses humains fanatiques et/ou désarçonnés ainsi que son atmosphère se situant entre Richard Matheson et Cormac McCarthy, le film avait tout pour plaire. Débutant même sur les chapeaux de roue avec une attaque vampirique très réussie nous montrant des créatures agressives du plus bel effet, le film de Jim Mickle ne parvient malheureusement pas au final à tenir toutes ses promesses. Avec sa narration en voix off agaçante, ses baisses de rythme régulières, ses stéréotypes qui ont la peau dure et sa musique dramatique plus qu’appuyée, Stake Land finit même carrément par devenir déplaisant. Pourtant, le long métrage contient son lot d’idées sympathiques et rafraîchissantes (le lancé de vampires en hélico : jamais vu ça auparavant !) et le réalisateur nous balance à la figure quelques plans du plus bel effet. Mais cela ne suffit malheureusement pas à faire de Stake Land un bon film, qui souffre des défauts précités et comprenant, en sus, une interprétation plus qu’inégale : en effet, tandis que devant la caméra Nick Damici s’avère parfaitement charismatique dans le rôle du mentor, on se coltine par exemple une Danielle Harris (toujours très mignonne, certes) plus que limitée dans sa palette de jeu.

Plutôt que de foncer sur les routes apocalyptiques du film d’action horrifique, Stake Land fait l’erreur d’appuyer sur son côté drame intimiste, baissant inexorablement en rythme et en efficacité. N’est pas John Hillcoat qui veut et, malgré les bonnes idées et des créatures qui ont de la gueule, le second long métrage de Mickle finit donc par agacer plutôt que d’enthousiasmer véritablement les foules. Vraiment dommage.


Critique de Stake land - A pieu et à sang
Par : Damien Taymans
Tags : NIFFF 2011

"Le territoire où le pieu est maître", cette traduction approximative de l’intitulé originel suppose davantage la présence de suceurs de sang que les déviances bouchères que la prononciation piteuse du titre anglais laissait présager. Et en matière de variation vampirique, Stake land ne fait pas dans la mignardise pour teenagers embaumés des effluves fallacieuses de romances gnan-gnan où les vampires s’illuminent comme des réverbères et les loups-garous se baladent à moitié à poil sous une pluie battante. Le cheptel des tueurs à canine se décline en différentes sous-catégories, contrôlant chacune un territoire propre. Bien loin de l’image d’Epinal du séducteur gominé imposée par Lugosi et consœurs, les goules redeviennent ici des créatures sauvages, presque animales, capables de renifler à des kilomètres de distance la moindre trace d’hémoglobine.

Des retouches rafraîchissant un tableau terni par les dernières frasques de vampires méga-in qui continuent de contaminer les rayons des vidéothèques et des librairies (des sortes de Danielle Steel dont le héros, bellâtre de préférence, a les canines aussi grosses que le cœur, inondent les étagères) avec leurs amourettes suintantes et leurs confessions intimes dont tout le monde se tamponne le coquillard. Stake land s’affiche comme un parfait antagoniste à cette tendance puisque la bande, respectueuse du bestiaire horrifique, offre une nouvelle version améliorée, dévoyant quelque peu de la tradition séculaire. Mieux encore, les "Nosferatu" (plus proches de Max Shreck que de Robert Pattinson) symbolisent la décrépitude qui affecte de plus en plus une humanité rongée par la déchéance de son système économique et social. Jim Mickle et Nick Damici réitèrent ainsi leurs prospections sociologiques, trois ans après avoir mis en exergue la charogne de Manhattan par l’entremise de rats, au détour de la Mulberry street. Car, en marge, subsistent des risques plus dangereux encore : les groupements sectaires dominés par des prophètes sanguinaires qui analysent l’omniprésence de l’espèce vampirique comme le résultat de la colère divine.

Ce road movie fauché, produit par Larry Fessenden, emprunte autant à l’univers de Richard Matheson qu’à une situation géopolitique fragilisée par les récentes crises financières. En sus (expression, on ne peut plus adaptée) d’être une des déclinaisons vampiriques les plus percutantes de ces dernières années (avec Let the right one in et Daybreakers), Stake land dresse un portrait au vitriol du colosse aux pieds d’argile américain, perverti de l’intérieur par une minorité beuglante de désaxés et un retard considérable en matière de politique humaniste. Un brûlot détonnant à effeuiller d’urgence !


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