Critique de film

Repo Men

"Repo Men"
affiche du film

Remy est un homme chargé de sanctionner les mauvais payeurs en leur confisquant les organes artificiels qu’ils ont achetés à crédit. Tout va pour le mieux jusqu’au jour où lui-même ne sait plus assumer ses dettes.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Repo Men - SF sous influence
Par : Geoffrey Marmonier

Quelques mois après l’opéra rock Repo ! The Genetic Opera de Darren Lynn Bousman, voilà que débarque un autre film de science fiction mettant en scène des « récupérateurs d’organe ». Repo Men, tiré du roman Repossession Mambo d’Eric Garcia (coscénariste du film) projette Jude Law et Forest Whitaker dans un futur proche où tout s’achète à crédit, y compris les organes artificiels, qui peuvent être récupérés en cas de non paiement. Une idée de base intrigante et intéressante, mais un film qui malheureusement peine à pleinement exploiter le potentiel de son pitch.

Le principal défaut de Repo Men, c’est qu’il manque énormément de personnalité, au point de ressembler à un énorme melting-pot de divers succès SF plutôt qu’à un film original. L’idée du héros qui se retrouve pourchassé par ses anciens employeurs fait par exemple immédiatement penser à Minority Report, d’autant qu’une scène de Repo Men ressemble furieusement à la fameuse scène des araignées espionnes du film de Spielberg. On retrouve aussi des bouts de Blade Runner, aussi bien dans l’histoire (le héros qui prend petit à petit fait et cause pour ses anciennes proies), que dans les plans aériens de la ville, ressemblant trait pour trait à ceux du chef d’œuvre de Ridley Scott (même écrans publicitaires géants, le métro aérien remplace les voitures volantes). Dark City est cité aussi à plusieurs reprise (le héros tombe amoureux d’une chanteuse de night club, il se retrouve à la fin sur une plage de sable fin contrastant avec la noirceur du reste de la ville), ainsi que Matrix (l’attaque du building de The Union), voire même Old Boy (le combat dans le couloir, repompé sur l’évasion au marteau). Pire encore, l’épilogue est totalement repris sur celui de Brazil !

En plus de ce côté « déjà vu », le film peine à rendre son univers crédible, la faute à un développement trop restreint de celui-ci et à des incohérences gênantes. On a en effet du mal à imaginer que les clients de The Union ne soient pas au courant avant de signer de la façon dont les organes sont récupérés en cas de non paiement, vu que les repo-men font du travail plutôt bourrin (ils récupèrent les organes dans n’importe quel lieu et laissent les gens agoniser au vu et au su de tous). Difficile aussi de croire que ces pratiques soient acceptées sans aucune protestation. Passe encore que le gouvernement ferme les yeux, mais il est étonnant de ne pas trouver de manifestants devant les bâtiments de la compagnie, par exemple, ou de résistance s’il s’agit d’un univers dictatorial (on ne sait pas grand-chose sur l’univers présenté).

Néanmoins, malgré ces défauts assez gênants, le film possède tout de même quelques atouts, le premier étant son casting. Jude Law, qui décidément tire vers le haut les films loupés dans lesquels il apparait (remember Sherlock Holmes) apporte toute son humanité à un personnage à la fois implacable lorsqu’il effectue la tâche pour laquelle il est employé (excellente scène d’introduction), puis progressivement touchant et attendrissant lorsqu’il se retrouve piégé avec son cœur artificiel. Sa complicité avec Forest Whitaker est palpable et leur relation est le point fort du film.

Le réalisateur Miguel Sapochnik, dont c’est le premier long métrage, réussit, malgré ces nombreuses influences non digérées, à emballer un spectacle assez rythmé et léché, ce qui fait que l’on ne s’ennuie pas trop. Quelques scènes sortent du lot et tirent le film vers le haut, comme cette troublante scène au cours de laquelle Jude Law et Alice Braga sont obligés de se découper pour scanner leurs organes artificiels sur une reprise de la chanson Sing it back de Moloko. Une scène à la fois sanglante et sensuelle que n’aurait pas renié le Cronenberg des débuts, et qui constitue le meilleur moment d’un film un peu trop bancal pour convaincre.


Critique de Repo Men - La chair et le sang
Par : Chroniqueurs

Par Dante

Au royaume du cinéma, surtout depuis quelques années, tout est étiqueté, pesé et emballé avec un sérieux commercial qui peut faire froid dans le dos. Pourtant, il subsiste des raretés, des sursauts de sincérité et d’efficacité, qui nous rappelle à tous pourquoi on vénère tant le 7ème art. Et en cette période estivale, théâtre privilégié des blockbusters bulldozer ravageant tout sur leur passage, voilà que débarque Repo Men.

Inspiré d’un roman éponyme, mise en place par une petite boîte de production, confié à un jeune réalisateur, auteur de quelques courts métrages et de clips, campé par des acteurs à la recherche d’un second souffle (Jude Law et Forest Whitaker) ou simplement loin du star system (la délicieuse Carice Van Houten ou la belle Alice Braga), Repo Men avait tous les atouts en main pour livrer un film honnête envers son sujet et envers les spectateurs. Ce qui peut paraître très simple mais qui est malheureusement de plus en plus rare. Plus qu’un simple film de SF, Repo Men repose sur un concept en béton qu’avait déjà effleuré Darren Lynn Boussman dans son Repo ! The genetic opera ou encore les Monty Python dans un de leurs sketchs : la confiscation d’organes. On suit donc les aventures de deux de ces Repossession Man dont le travail consiste à reprendre les organes des quidams qui ne peuvent plus en payer la location. Un boulot ingrat qu’exécute sans sourciller nos deux héros jusqu’à que l’un d’eux perde inévitablement un de ses organes et devienne une cible pour les Repo Men. Un canevas classique, hérité de tout un pan de la science-fiction paranoïaque qui a pour père Georges Orwell. Mais Repo Men n’a pas à frémir de cette imposante lignée, puisqu’il réussit sans mal à instaurer un climat de tension où le système tout puissant broie les contrevenants et ses soldats sans la moindre difficulté, jusqu’à ce qu’un caillou vienne se glisser dans les engrenages bien huilés. Et malgré une relative légèreté de ton, le métrage réussit à se donner de la profondeur en injectant ici et là des pistes vers un univers bien plus immense convoquant Strange Days, Blade Runner et bien entendu 1984.

Mais loin de l’efficacité clinique d’un Minority Report, Miguel Sapochnik crée une ambiance à la fois décontracte et désespérée. Où les éviscérations se font au son de quelques musiques entraînantes, où les héros hilares abattent une dizaine de personnes comme dans un quelconque FPS et où le réalisateur joue sans hésiter sur le charisme de ses personnages comme dans tout bon actionner. Ce qui nous vaut un combat final des plus emblématique qui s’inscrit sans mal dans les plus belles exécutions de l’année avec une mention spéciale à l’improbable utilisation d’une scie à métaux. Et si le ton volontairement « cool » aurait pu n’être qu’un cache misère, Miguel Sapochnik nous rappelle rapidement qu’il manie son sujet et n’hésite pas à aller au fond de son concept, nous livrant une troublante et sensuel scène final, où l’hémoglobine coule à flot magnifié par une mise en scène virtuose.

Miguel Sapochnik est donc un réalisateur à suivre, car son premier essai frôle le chef-d’œuvre, dans un genre très codifié et souvent mal utilisé. Encore une rareté qui va passer inaperçue en France, mais qui vaut pourtant le coup d’œil pour tous ceux qui aiment le cinéma sincère, où tous ceux qui veulent voir Jude Law dézinguer une dizaine de personnes au couteau.


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