Critique de film

Scott Pilgrim vs. the World

"Scott Pilgrim vs. the World"
affiche du film

Scott, un jeune homme vivant à Toronto s’étant tissé une vraie réputation de glandeur. Fan de musique, il joue de la basse dans un groupe amateur et sort avec une lycéenne chinoise. Bref, une precious little life (du nom du premier tome de la série de comics de Bryan Lee O’Malley dont l’oeuvre est tirée). Mais tout bascule lorsque Scott rencontre LA fille de ses rêves, Ramona. Le couple qu’ils finissent par former est idéal, tant les deux tourtereaux se complètent. Mais leur histoire naissante rencontre quelques obstacles, précisément au nombre de sept. Ni samouraïs ni mercenaires, ces sept individus sont les terribles et maléfiques… ex-petits amis de Ramona. Eh oui, la demoiselle a un background chargé. Pour que sa relation puisse être, Scott va devoir les vaincre un à un… et c’est là que ça devient génial. Car notre antihéros va devoir les affronter dans des bastons dantesques empruntant à tout ce que la Pop Culture a pu créer de bon.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Scott Pilgrim vs the world - Pur bonheur de cinéma
Par : Geoffrey Marmonier

Edgar Wright ayant toujours été fan de jeu vidéo (il avait notamment rendu un délirant hommage à la saga Resident Evil dans un épisode de Spaced), il était inévitable qu’il finisse par exprimer son amour du 10e art dans un de ses films. Son premier film américain « en solo » (comprendre sans ses compères de toujours Simon Pegg et Nick Frost) lui a donné cette occasion, via l’adaptation du comic book Scott Pilgrim. Scénarisé et dessiné par Bryan Lee O’Malley, Scott Pilgrim est une série de six romans graphiques mettant en scène un jeune homme de 23 ans devant combattre les sept ex de Ramona Flowers, la jeune femme qu’il convoite. La principale particularité de ce comic book, c’est que les combats contre les ex de Ramona sont présentés comme des affrontements de jeux vidéo. Pas étonnant dès lors qu’Edgar Wright ait été intéressé par ce matériau synthétisant la plupart de ses passions. L’occasion rêvée pour offrir au public un spectacle novateur sortant totalement des sentiers battus.

Dès les premières secondes, lorsque le célèbre logo Universal apparait dans le style des consoles 16 bits (musique en midi y compris), il est clair que Scott Pilgrim vs the World sera un film différent. Et en effet, la bande-annonce ne mentait pas sur la marchandise : Scott Pilgrim est un pur fantasme de gamer, une oeuvre réussissant enfin parfaitement la fusion entre cinéma et jeux vidéo (en ajoutant aussi une grosse louche de BD et une pincée de rock). Le film est ainsi divisé en niveaux, au bout de chacun desquels Scott devra affronter l’un (ou l’une) des ex de Ramona, chaque combat débutant par un écran annonçant Scott vs l’ex en question, à l’image des jeux de combat comme Tekken ou Street Fighter. Et à la fin de chaque combat réussi, Scott gagne des pièces et des points (points qui lui permettront plus tard de gagner une vie). Mais ce n’est pas tout, puisque tout l’univers du film est régi par le 10e art : lorsque Scott va aux toilettes, sa pee bar (« barre de pisse ») redescend à zéro, on entend en fond des bruitages de jeux, voire même des musiques (la musique de Zelda est régulièrement utilisée), et surtout, chaque ex a une caractéristique et un style de combat différent, faisant appel à un type de jeu particulier. Scott aura donc évidemment à pratiquer les arts martiaux, mais aussi à défier l’un des personnages au skateboard, un autre dans un duel de basse style Guitar Hero, ou encore devra utiliser des invocations comme dans Final Fantasy. Mais en plus de ça, Edgar Wright s’amuse à rajouter d’autre références à la culture pop : les comic books bien sûr, avec les onomatopées apparaissant à l’écran et les super pouvoirs de Scott et de ses adversaires, mais aussi les sitcoms au cours d’une scène hilarante utilisant les ressorts de ce type de série (comique de situation, dialogues au couteau, lieu unique et rires enregistrés), ou encore la musique rock dans une bande-son excellente.

Evidemment, décrit comme ça, le film a l’air d’un énorme bordel totalement autiste et destiné uniquement aux geeks. Mais c’est sans compter le talent d’Edgar Wright, qui réalise là peut-être son film le plus abouti, tant en termes de narration que de réalisation (le montage du film est absolument monstrueux de précision et de fluidité). A commencer par une capacité impressionnante à réussir à faire passer à l’écran tous ces délires visuels sans aller jusqu’à l’overdose et surtout sans sacrifier son histoire et ses personnages. Car derrière ce bon gros délire, le film traite avec une certaine intelligence des relations amoureuses et de leurs conséquences (perte de la confiance en soi après une rupture, peur de l’engagement…), ce qui le rend beaucoup plus fin et réaliste que la plupart des comédies romantiques débiles débarquant régulièrement sur les écrans. Il faut dire que les acteurs sont pour beaucoup dans la réussite et la crédibilité du film. Michael Cera rejoue une fois encore son personnage de grand ado un peu attardé, mais il réussit ici à être aussi touchant que dans Supergrave, surtout lorsqu’il commence à se demander si le jeu en vaut la chandelle. Le plus surprenant reste tout de même la capacité qu’a Wright à le faire passer pour un artiste martial sans faire tiquer le spectateur (ce qui permet de souligner au passage que les scènes d’action sont ici bien plus réussies que dans Hot Fuzz) ! Mary Elizabeth Winstead est aussi parfaite de son côté, campant un personnage pas si facile à incarner que ça, dont l’apparente froideur cache une peur de l’engagement destructrice. Wright arrive même à renouveler le personnage classique du « meilleur pote un peu lourdingue mais sympa quand même » en faisant de Kieran Culkin un coloc gay et queutard piquant les petits amis de la sœur de Scott. Enfin, difficile de ne pas citer la « ligue des ex », tous assez gratinés, tout particulièrement Brandon Routh, méconnaissable en blonde peroxydée, Chris Evans en acteur de films d’action ringards, et surtout Jason Schwartzman en boss ultime féru d’escrime.

Pur OVNI cinématographique, Scott Pilgrim vs the World est aussi un pur bonheur de cinéma : un film ne ressemblant à aucun autre, fourmillant de trouvailles visuelles, et surtout hilarant de bout en bout. A découvrir de toute urgence !


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