Critique de film

Fright Night

"Fright Night"
affiche du film

Remake du classique de Tom Holland (1985).

Les critiques à propos de ce film

Critique de Fright night - Gillespie-les-dents-longues
Par : Damien Taymans
Tags : Vampires, Remake

En 1985, Tom Holland écrivait et réalisait Vampire, vous avez dit vampire ?, comédie horrifique qui convoquait toute l’imagerie traditionnelle des monstres à longs crocs et tournait à la dérision l’apanage du bon petit chasseur de vampires. Lancée par Dreamworks/Disney (le projet avait déjà connu une première tentative de concrétisation avec Screen Gems qui a finalement revendu les droits du film), l’entreprise du refaisage s’acoquine rapidement d’un nom. Celui de Craig Gillespie (Monsieur Woodcock, Une fiancée pas comme les autres), entretemps annoncé pour reprendre les rênes de la parodie Orgueil et préjudices et zombies produite par Nathalie Portman. Le scénario échoit à Marti Noxon, scénariste émérite d’une autre création vampirique lorgnant sur les productions des années 80, à savoir la série Buffy contre les vampires. Également signataire des quelques épisodes des séries Mad men et Grey’s anatomy, la scénariste se voit confiée une tâche délicate : réactualiser un script fendard sans l’aseptiser.

Car, à l’origine, Fright night est une bande qui a rapidement accédé au statut d’oeuvre culte. Réalisé en 1985 par Tom Holland (Jeu d’enfants, La peau sur les os), Vampire, vous avez dit vampire ? (titre français contestable) provoque, dès sa sortie en salles, l’adhésion du public au point que l’investissement de départ de Columbia (9 millions de budget) est récupéré près de trois fois, rien que pour l’exploitation américaine. Chez nous, même constat : le film remporte le Prix Dario Argento au festival d’Avoriaz et réalise de très beaux scores au box-office hexagonal. Fidèle au matériau originel, le remake de Gillespie multiplie même les clins d’œil en offrant notamment un caméo à Chris Sarandon, le Jerry Dandridge de 1985.

Fright Night, nouvelle mouture, s’engage dans une voie radicalement différente de son modèle. Moins porté sur la comédie, assurée pour l’heure par quelques répliques cinglantes d’ironie ("Ma mère est très chrétienne" explique Charley alors qu’il quitte la chambre de celle-ci dont la porte est remplie de crucifix), le film de Gillespie entreprend avant tout de redonner au genre vampirique ses lettres de noblesse. En soi, l’annonce du remake de Fright night n’avait d’ailleurs rien d’étonnant. Le projet se trouve même au confluent des tendances du cinéma de genre contemporain puisque s’y épousent la grande tradition mercantile du remake des canons de l’horreur eighties, le lifting du croisement des genres comico-gore (Shaun of the dead, Tucker and Dale vs evil) , la technologie stéréoscopique (se faire sucer en trois dimensions, ça vous dit ?) et l’attachement des productions pour les suceurs de sang depuis la déferlante fantastico-romantique Twilight.

Le comique de situation cultivé par Tom Holland cède ici la place à une narration plus riche en action et en suspense, soutenue par une mise en scène souvent inspirée (le plan-séquence de la course-poursuite en voiture). A l’image du séducteur Jerry Dandrige, incarné par Colin Farrell, métamorphosé en monstre sanguinaire et sans la moindre pitié, Fright night nouvelle cuvée rend honneur au genre horrifique par l’intermédiaire de quelques séquences de trouille bien troussées, appuyées par des effets spéciaux convaincants parfois desservis par une 3D tape-à-l’oeil.

Vent de fraicheur évoquant les heures bénies des eighties (décidément, après Super 8 !), Fright night redonne au vampire ses arguments sexys et bestiaux qu’il avait quelque peu perdus depuis l’émergence des diaphanes héros de Twilight.


EVENTS - Nuit Halloween à l’Imagix
Par : Damien Taymans

Compte-rendu chiffré :

Film Damien Taymans Paul Roman
Fright night 3 3
Apollo 18 1 1
Don’t be afraid of the dark 2 2,5
The thing 1,5 1

Départ pour le Tournaisis pour y assister dans le complexe Imagix de Tournai à la nuit Halloween, rendez-vous annuel précédant la visite plus morne et protocolaire des caveaux familiaux, chrysanthèmes en main et trombine en berne. En guise d’ouverture pour cette marche funèbre (les spectateurs se transforment, passé deux heures du mat’ en morts-vivants assoiffés de sommeil) longue de quelques jours, quatre avant-premières belges : The thing, version 2011, Don’t be afraid of the dark, Apollo 18 et un film-surprise dévoilé finalement avant la projection, Fright night.

Début des hostilités, 23h15. Après quelques explications sommaires sur le déroulement de la nuit (entractes durant les films, distribution des croissants pour les rescapés entre le 3ème et le 4ème métrage, savoir-vivre de vigueur), un trio de bandes-annonces que le public aura la joie de connaître sur le bout des doigts puisqu’elles repasseront, en guise d’assommoir, en préambule du deuxième film. Sans perdre une minute, l’hémoglobine inonde la toile immaculée de la salle : un gamin est charcuté par un vampire dans une chambre à coucher où reposent déjà les cadavres de ses parents. Crocs plantés dans la jugulaire, la soirée vampirise déjà l’attention de l’assistance grâce à ce remake rafraichissant signé Craig Gillespie. Fright night, nouveau cru, s’avère aussi désaltérant que son modèle. Moins porté sur la comédie, assurée pour l’heure par quelques répliques cinglantes d’ironie ("Ma mère est très chrétienne" explique Charley alors qu’il quitte la chambre de celle-ci dont la porte est remplie de crucifix), Fright night entreprend avant tout de redonner au genre vampirique ses lettres de noblesse. Le comique de situation cultivé par Tom Holland cède la place à une narration plus riche en action et en suspense, soutenue par une mise en scène souvent bien inspirée (voir le plan-séquence de la course-poursuite en voiture). Vent de fraicheur évoquant les heures bénies des eighties (décidément, après Super 8 !), Fright night redonne au vampire ses arguments sexys et bestiaux qu’il avait quelque peu perdus depuis l’émergence des diaphanes héros de Twilight.

Ragaillardis par ce sang neuf en pays vampirique, mon compère et moi-même nous laissons imbiber par Apollo 18, dernière création de Gonzalo Lopez-Gallego (El Rey de la montana). Nouveau phénomène de mode : le found footage trouve sans complexe sa place dans tous les complexes cinéma, se targuant au passage de posséder deux œuvres du genre en même temps à l’affiche (Paranormal activity 3, vivement déconseillé, hante les salles depuis deux semaines). Tous les ingrédients du documenteur s’effeuillent l’un après l’autre (contextualisation du contenu, alternance d’images floues provenant de caméras multiples et variées, ultra-réalisme privilégiant l’anecdotique à l’essentiel pour faire encore plus "vrai") pour laisser au bout du compte apparaître la structure décharnée de cette nouvelle arnaque pelliculée. Alerte, le spectateur sonde constamment l’écran dans l’espoir de surprendre un détail qui méritait une telle dépense d’énergie. Rien, nada, que dalle, mis à part quelques passages furtifs de cailloux lunaires vivants qui se déplacent à la façon des crabes et colonisent le corps des astronautes dans le seul et unique but de venger l’un des leurs certainement écrabouillé par les immenses panards de Neil Armstrong et son comparse dont personne ne retient le nom. Apollo 18 passera aussi inaperçu que les 17 précédents épisodes (exception faite du 13ème porte-bonheur) dans les annales du cinéma.

Contrairement à Guillermo del Toro qui a marqué, à plusieurs reprises, de sa griffe les tablettes du septième art . Producteur pour le coup, il donne son assentiment à Troy Nixey, l’un de ses poulains, pour le remake (encore un) de Don’t be afraid of the dark. Hanté par le film original, del Toro se résigne à passer la main pour la mise en scène de ce refaisage trop proche de l’univers de son Labyrinthe de Pan. La somptueuse masure dans laquelle se déroule l’entièreté de l’histoire et la maestria de Nixey auraient pu suffire à convaincre les derniers survivants de cette nuit de l’horreur. L’atmosphère anxiogène soutient même çà et là quelques séquences de tension plutôt bien troussées. Pourtant, la mayonnaise ne prend pas vraiment. La faute à un scénar actionnant des mécanismes aussi rouillés que le grillage qui maintient les monstrueuses créatures dans les profondeurs de la cave. En tissant une œuvre trop effrayante pour que les mômes puissent en profiter au coin du feu et trop naïve pour convaincre les grands enfants que nous sommes, Nixey reste coincé le derrière entre deux chaises et frustre en se refusant, par bienveillance, à ne pas dépasser la frontière qui mène du rêve au cauchemar.

Point d’orgue de cette ode de plus en plus pressante à la divine Morphée, le remake (décidément !) de The thing de Carpenter, lui-même inspiré par La chose d’un autre monde sorti 30 ans plus tôt. Les plus aguerris des voyants prédisent une nouvelle version pour 2042, s’appuyant sur la malédiction cyclique qui semble frapper cette entité extraterrestre des grands froids. Déjà jugée illégitime par certains, la version de John Carpenter sert de référence à cette seconde redite signée Matthijs van Heijningen Jr. et frappée d’une interdiction aux moins de 12 ans dans nos contrées. Convaincant dans ses prises de vue de la banquise, van Heijningen se contente de reproduire selon une dynamique très plan-plan les multiples exactions de sa créature protéiforme synthétisée à l’emporte-pièces par l’équipe de District 9. Le jeu de massacre se poursuit dans l’indifférence la plus totale, sans que la moindre paranoïa ne filtre jamais : en clair, tout le monde pourrait être contaminé par la bestiole mais les survivants s’en tamponnent royalement. A l’époque de la suspicion constante vis-à-vis des terroristes et pédophiles présumés, la grande Amérique se montrerait donc frigide en terme de parano ? Etrange... Mécanique à l’excès (des jump scares toutes les cinq minutes), The thing ne réussit en outre même pas à surprendre. Du gâchis...

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