Critique de film

Trapped Ashes

"Trapped Ashes"
affiche du film

Sept étrangers d'un film d'Hollywood sont coincés dans une maison hanté et sont forcés de raconter les histoires les plus terrifiantes pour rester en vie. Une anthologie de l'horreur en plusieurs court-métrages autour d'une maison hantée.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Trapped ashes - Sleep show
Par : Fred Pizzoferrato

Les anthologies de sketches horrifiques sont une tradition tenace du film d’épouvante dont les meilleurs exemples datent probablement de la fin des années 60 et du début des années 70, époque bénie qui vit la sortie des métrages de la firme Amicus, tels Histoires d’outre-tombe ou Asylum. Relancé brièvement par le succès de Creepshow en 1982, le film à sketches revient régulièrement sur les écrans, parfois pour le meilleur et souvent pour le pire. Malheureusement, Trapped ashes s’inscrit dans cette seconde catégorie en dépit de la présence derrière la caméra d’une poignée de vétérans ayant quelques beaux titres de gloire à leur actif.

Comme la plupart des anthologies, le métrage démarre par la présentation d’une poignée de personnages rassemblés par le hasard en un lieu hanté. Cette fois, nos « héros » s’en vont visiter un ancien studio de cinéma supposé maudit en compagnie d’un guide touristique. Les touristes exigent ensuite une halte dans la demeure ayant jadis servi de décor au fameux « Hysteria » réalisé par le mystérieux réalisateur Desmond Hacker, depuis disparu sans laisser de traces. Coincé pour la nuit dans la maison, chacun commence, à la demande de leur guide, à raconter leurs plus terrifiantes expériences. Poitrine remodelée avide de sang humain, succube vampire s’en prenant à un cinéaste plein d’avenir, moine fantôme japonais et grossesse compliquée par un ver parasite sont donc au programme…

Trapped ashes débute par une histoire délirante (« The Girl with the Golden Boobs ») mise en scène par le provocateur Ken Russell (The Who’s Tommy, Les jours et les nuits de China Blue, Gothic,…), lequel livre un récit déjanté au sujet d’une apprentie actrice n’ayant jamais la chance de décrocher le rôle de ses rêves. Persuadée que la faute en incombe à une poitrine trop menue, notre jeune femme échoue dans une clinique de chirurgie esthétique où un médecin complètement à côté de la plaque lui crée de nouveaux seins…assoiffés de sang ! Ken Russell tire le meilleur parti de cette intrigue originale en proposant un spectacle riche en excès jouant la carte de la nudité, du gore parodique et, en résumé, du divertissement pur. Une entrée en matière prometteuse, en dépit d’une esthétique un peu datée et d’une chute finale des plus prévisibles. Malheureusement, le reste du film ne retrouvera jamais la même outrance sympathique tant les histoires successives s’avèreront décevante, pour ne pas dire inintéressantes.

Sean S. Cunningham, dont l’unique titre de gloire réside dans la réalisation du premier volet de la saga Vendredi 13 en 1980, propose « Jibaku », une banale histoire de fantôme à l’asiatique, ponctuée de séquences animées maladroites. Un sketch qui se laisse regarder distraitement mais bien trop prévisible dans son déroulement pour parvenir à passionner le spectateur, lequel a probablement déjà visionné de bien meilleures bandes horrifiques nippones dans un style similaire. Le climax raté et bien trop vite expédié n’arrange d’ailleurs guère les choses et laisse quelque peu dubitatif. Une véritable perte de temps.

Cinéaste culte des sixties, Monte Hellman revient pour sa part à la mise en scène, 17 ans après le médiocre Douce nuit sanglante nuit 3, avec un sketch peu passionnant, « Stanley’s girlfriend », dont l’unique intérêt réside dans les quelques références cinéphiliques disséminées de ci de là. A part ça, cette très classique intrigue consacrée à une femme vampire gardant la jeunesse éternelle en buvant le sang de ses amants ne suscite que l’ennui mais possède toutefois un minimum de style (dans sa reconstitution des fifties) et s’appuie sur la prestation convaincante de John Saxon. Pas grand-chose d’autres à sauver de cette entreprise longuette.

Après un premier épisode réussi et deux segments médiocres, Trapped ashes se devait de rebondir en proposant une dernière histoire se situant, au minimum, au-dessus de la moyenne. Malheureusement, « My twin, the worm », quoique plus originale, se révèle la plus médiocre intrigue de cette anthologie. Spécialiste des effets visuels et metteur en scène débutant, John Gaeta nous inflige une véritable épreuve via un récit raté au sujet d’une grossesse contrariée par la présence, dans le ventre de la mère, d’un vers parasite constamment affamé. Une idée assez horrible possédant un véritable potentiel cauchemardesque, hélas gâché par un déroulement linéaire et pénible.

Comme toutes les anthologies, Trapped ashes propose en guise de conclusion une chute supposée surprenante et amusante qui, en réalité, se montre simplement prévisible, déjà vue et revue (Histoires d’outre-tombe reste le meilleur exemple de ce genre de final ironique) et tombant lourdement à plat. Triste de retrouver l’ancien prodige Joe Dante (Hurlements, Piranhas, L’aventure intérieure) aux commandes de cette intrigue de liaison à l’intérêt des plus limités. Trapped ashes ressemble, en résumé, bien davantage à une compilation de courts métrages de facture très télévisuels qu’à une véritable anthologie bien pensée. La qualité très variable des scripts, en adéquation avec une mise en scène allant du déjanté à l’insipide et un rythme mal équilibré donne en outre à Trapped ashes un côté bordélique préjudiciable.

Seule une certaine complaisance dans la nudité et quelques passages un peu gore permettent finalement de distinguer les sketches composant ce métrage d’épisodes de série télé hâtivement mis bout à bout par un monteur trop pressé. En dépit de réalisateurs prestigieux et d’un premier segment divertissant, Trapped ashes s’inscrit parmi les pires anthologies horrifiques de ces dernières années, un ratage quasi-total dont la vision peut s’éviter sans le moindre regret. Triste !


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