Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Les aventures de l’écrivain Lemuel Gulliver, qui se retrouve sur l’île de Lilliput alors qu’il traverse le Triangle des Bermudes.
Au XVIIIème siècle, Les voyages de Gulliver faisaient office d’avant-garde philosophique et artistique. Trois siècles plus tard, les aventures de Lemuel Gulliver, sous la houlette de Rob Letterman, n’ont plus rien d’exotique ni de satirique. Modernisé et américanisé pour conforter le public étatsunien dans ses représentations anthropocentristes, le récit de Jonathan Swift est évidé de fond en comble et passé à la moulinette de l’humoristiquement incorrect. Il faut dire que Lemuel Gulliver, chirurgien de son état dans le roman original, est désormais un looser coincé dans le rayon courrier d’une rédaction journalistique qui considère les gratte-papiers comme de demi-dieux auxquels il est interdit d’adresser la parole. Sorte de divinité de la "looser attitude",
Jack Black (Tonnerre sous les tropiques, L’an 1, Soyez sympas, rembobinez) prête sa grâce pachydermique à ce raté de service porté par les vents sur l’île des Lilliputiens.
Les autochtones, grands comme le pouce, voient débarquer sur leur île un crétin gargantuesque qui se balade la raie à l’air, urine sur des incendies pour en freiner l’extension et dégaine son Ipod à la vitesse de l’éclair. Et ce Godzilla en bermuda, non content de pervertir le plus naturellement du monde le quotidien tranquille et protocolaire en important de son Amérique natale capitalisme et règne des apparences, minimise les préoccupations des locaux et conditionne leur mode de vie en fonction de ses propres intérêts. Égocentrique mythomane rejeté par ses pairs, une fois passé dans l’autre monde, Gulliver horripile par son américanisme primaire tendant au prosélytisme (l’architecture de la cité est remodelée sur celle de New York) et sa manière de profiter de l’ingénuité de ceux qu’il domine. En terme de modernité, Les voyages de Gulliver pose question puisqu’il érige un citoyen moyen au rang de conquistador apte à civiliser les indigènes ; en ce sens, le message véhiculé est non
seulement plus vieux mais également totalement inverse à celui de l’ouvrage de Swift.
Un budget conséquent, Letterman (Gang de requins) aux commandes, un tandem convaincant, Joe Stillman et Nicholas Stoller, au scénario (le premier a officié sur Shrek, le second sur American trip), un casting prestigieux (que diable font Emily Blunt, Jason Segel et Amanda Peet dans cette galère ?). Les voyages de Gulliver, sur papier, comportait de sérieux atouts. A l’écran ne reste qu’un one-man-show de Jack Black (nominé au Razzie award du Pire acteur) rarement drôle (les gags scato sont dignes de figurer chez Brian Robbins ou Seltzer et Friedberg) prodiguant un message douteux. Quant à la centaine de millions de dollars injectés dans l’affaire, personne n’a encore pu comprendre où ils étaient passés (les effets spéciaux grossiers et les décors de modélistes auraient-ils bénéficié d’une partie ???)...
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