Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Central Park, à New York. Cinq enfants sont sauvagement agressés avec une violence inouie. Mais ces cinq-là ne sont pas comme les autres : ce sont des enfants prodiges. De l’horreur, ils vont tirer contre le monde une haine froide, mathématique, éternelle. Avec leur intelligence, ils vont se venger, accumuler les crimes parfaits. Car ces cinq-là ne sont pas cinq, ils sont un. Ils sont un seul esprit, une seule volonté. Celui qui l’a compris, Jimbo Farrar, lutte contre eux de toutes ses forces. À moins qu’il ne soit de leurs côtés… Alors, s’ils étaient six, le monde serait à eux et ce serait la nuit, la longue nuit, la nuit des enfants rois.
En 1981 sort dans les librairies La nuit des enfants rois, écrit par Bernard Lenteric. Instantanément, le livre devient un classique de la science-fiction hexagonale à tel point que l’Education nationale l’inscrit dans la liste des lectures conseillées pour les collégiens. Destinée autant aux adolescents qu’aux adultes, l’oeuvre entraîne le lecteur dans un univers ténébreux dans lequel sont surlignés les dysfonctionnements de la communication inter-générationnelle et l’ostracisme des êtres différents. Jimbo Farrar, chargé par une multinationale de trouver des surdoués et de leur proposer une bourse d’études conséquente, réunit une bande de sept jeunes génies, les Enfants Rois. Ces derniers, dotés d’une intelligence suprême, développent en outre la capacité de contrôler les corps et les esprits de leurs contemporains à distance. Lorsqu’ils sont agressés
en plein Central Park, les sept Enfants Rois décident d’abattre sur leurs tortionnaires leur folie vengeresse.
La transposition cinématographique initiée par Marc Missonnier (Dorothy, Enter the void) incombe à Antoine Charreyron qui compose ses premières gammes cinématiques dans le domaine du jeu vidéo et aux scénaristes Alexandre de La Patellière et Mathieu Delaporte, déjà signataires d’un autre film en MoCap, Renaissance. Leur traitement s’émancipe de la simple retranscription littérale : les deux scénaristes resserrent la trame originelle (les sept adolescents, six garçons et une fille voient leur groupe se restreindre pour atteindre le nombre magique de cinq, trois garçons et deux filles) et reliftent l’ensemble en insérant quelques éléments propres à la culture contemporaine (les ados sont castés pour une télé-réalité, American Genius, destinée à faire émerger l’enfant le plus surdoué des Etats-Unis lors d’une finale prenant place à la Maison blanche). Le jeu télévisé symbolise d’ailleurs à la perfection l’incompréhension qui subsiste entre le monde des adultes et celui des jeunes personnages, les premiers sacrifiant les seconds sur l’autel de la réussite économique à coups de mensonges, de duperies et de manipulations.
The Prodigies, s’il prend des libertés avec le matériau originel, en retranscrit à la perfection l’atmosphère ténébreuse, âpre, terrifiante et compense même certaines faiblesses du roman de Lenteric en s’intéressant particulièrement à chacun des personnages de l’histoire. La caricature psycho-sociale vole en éclats grâce à des séquences d’une rare puissance dont l’esthétique doit beaucoup à l’univers manga : dans un noir et blanc classieux, les névroses sont
matérialisées par quelque démon enragé dont la furie est soulignée avec brio par la composition de Klaus Badelt (Gladiator, La recrue). Parallèlement, le New York désigné par Viktor Antonov évolue au diapason des persos en constante évolution : les lignes se distendent, se courbent, l’arrière-plan devient flou isolant ces nouveaux maîtres de la nuit dans leur clan de surhommes.
The prodigies parvient à faire oublier les quelques imperfections visuelles qui le parsèment (la faute à une production chaotique avec notamment la faillite du studio Attitude et à la délocalisation en Inde de la finalisation des images) en se montrant incroyablement généreux et en ne cédant pas aux sirènes de la bienséance. La scène du viol de la jeune Liza en plein Central park et l’exécution du violeur sur les rails de tram attestent de cette volonté de restituer à l’écran la violence déroutante de l’écrit de Lenteric. Le métrage de Charreyron n’a assurément pas de prodigieux que le nom...
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