Critique de film

Hugo Cabret

"Hugo"
affiche du film

Dans le Paris des années 30, le jeune Hugo est un orphelin de douze ans qui vit dans une gare. Son passé est un mystère et son destin une énigme. De son père, il ne lui reste qu’un étrange automate dont il cherche la clé - en forme de cœur - qui pourrait le faire fonctionner. En rencontrant Isabelle, il a peut-être trouvé la clé, mais ce n’est que le début de l’aventure…

Les critiques à propos de ce film

Critique de Hugo Cabret - Si Georges m’était conté...
Par : Damien Taymans

Est-il dans le tout Hollywood réalisateur plus passionné par le septième art que Martin Scorsese ? L’enfant de Little Italy n’aura cessé, toute sa carrière durant, de rendre hommage à ces toiles mouvantes qui hantaient jadis ses rêves et n’ont cessé d’alimenter sa folie créatrice. Le géniteur de chefs-d’oeuvre aussi incontestables que Raging Bull, Les Affranchis, La Dernière tentation du Christ ou Shutter island n’aura eu de cesse de témoigner sa gratitude à tous ses pères spirituels. De son musée du cinéma américain exposé dans A Personal Journey with Martin Scorsese Through American Movies à la restauration des vestiges du septième art à laquelle il contribue par l’entremise de sa World Cinema Foundation, Scorsese manifeste son amour immodéré pour les pionniers du cinématographe. Aussi, Hugo Cabret constitue une nouvelle illustration de ce cri d’amour poussé par l’un des cinéastes à posséder le plus de coffre.

"On m’a donné le livre voilà environ quatre ans, et ce fut un choc, une vraie révélation. Je me suis assis et je l’ai lu d’une traite. Je me suis tout de suite reconnu dans l’histoire de ce garçon, sa solitude, son lien avec le cinéma, les rouages de la créativité." Scorsese, ému par cet alter ego romancé par le brillant Brian Selznick, accepte d’emblée de porter à l’écran les aventures rocambolesques de cet orphelin résidant clandestinement dans une gare parisienne et travaillant dans l’ombre à la restauration d’un mystérieux automate censé lui faire parvenir un message de son défunt père. Le prodige d’Hugo Cabret est de proposer plusieurs niveaux de lecture s’adaptant aux aspirations de chacun. Ni totalement exhibition toute cinéphilique ni complètement conte pour enfants, l’œuvre entretient l’osmose de ces deux univers a priori difficilement conciliables. Quant à la 3D, gimmick séduisant les chères têtes blondes, il participe à la magie du récit et renvoie, par extension aux prodiges réalisés en son temps par Georges Méliès, prestidigitateur-cinéaste ou cinéaste-magicien mis sur la touche par le désastre de la Grande Guerre qui bouleverse les mentalités et remplace les divertissements féériques par les actualités dans les salles obscures. Deux univers qu’Hugo Cabret confronte sans cesse, l’auteur abandonnant le naturalisme pour le merveilleux, travestissant ce drame déroutant en un envoûtant conte de Noël.

Hugo Cabret est en cela un parfait héritier du cinéma de Méliès. Scorsese opère avec le même brio que le géniteur du cinéma fantastico-fantasmagorique et propulse dans des odyssées vertigineuses une assistance qui croirait à nouveau atterrir sur le sol lunaire pour de vrai.


Critique de Hugo Cabret - Hommage sincère au septième art
Par : Geoffrey Marmonier

Le dernier opus de Martin Scorsese est encore un exemple frappant d’un film vendu n’importe comment et qui du coup n’a pas su trouver son public. Présenté comme un énième film d’aventures pour gosses, Hugo Cabret est en fait bien plus que cela, et s’adresse finalement plus aux adultes qu’aux jeunes enfants. Car avec ce film, Scorsese ne propose ni plus ni moins que sa déclaration d’amour ultime au septième art et à la magie de celui-ci.

En revisitant la carrière et la vie du cinéaste Georges Méliès sous forme d’une enquête ludique, Scorsese paie son tribut à l’inventeur des effets spéciaux, mais surtout aux univers merveilleux que celui-ci a su créer. Pour ce faire, il recrée un Paris fantasmé et magique des années 30 et le merveilleux décor de la gare Montparnasse, magnifié par la photographie somptueuse de Robert Richardson (Shutter Island, Kill Bill). Dès la scène d’ouverture, la caméra de Scorsese virevolte dans ce décor fantastique, en explorant les moindres recoins dans une 3D impressionnante de profondeur. Car loin d’être un simple gimmick, la 3D prend ici tout son sens, Scorsese utilisant cet outil pour impliquer le spectateur et tenter de lui faire revivre de grands moments cinématographiques, en reprenant par exemple la célèbre séquence de L’Arrivée d’un Train en Gare de la Ciotat. Autant par son histoire, évoquant avec fidélité la vie et la carrière de Méliès, que par sa forme (lorsqu’Hugo se remémore les jours heureux passés avec son père, on entend une bobine tourner dans un projecteur et les rouages de l’horloge donnent l’impression de voir ladite bobine sur le visage du héros), Hugo Cabret est truffé de détails et allusions au pouvoir et à l’histoire du septième art. Outre la reconstitution minutieuse des tournages des films de Méliès, sont aussi évoqués le cinéma de Tati et de Charlie Chaplin (l’hilarant tout autant que tragique personnage du chef de gare incarné par Sacha Baron Cohen), les récits de Charles Dickens (David Copperfield notamment), voire aussi Cinéma Paradiso pour la transmission de génération en génération de la passion du cinéma.

Hugo Cabret est aussi un magnifique voyage initiatique brassant des thèmes aussi adultes que le deuil et le fait de se trouver un but dans la vie et une place dans le monde. Le casting est tout simplement parfait, du jeune Asa Butterfield très touchant en orphelin solitaire à Helen McCrory dans le rôle de la femme de Méliès, en passant par un Christopher Lee impérial, enfin dans un rôle positif de plus de deux minutes. Mais c’est surtout Ben Kingsley qui remporte le morceau. On croyait l’acteur perdu depuis qu’il enchainait les rôles de bad guys au rabais dans des productions sans âme (Prince of Persia, Un Coup de Tonnerre), mais, dans la peau de Georges Méliès, il prouve qu’il est toujours le grand acteur qui a donné au cinéma tant de personnages marquants.

Il est cependant certain que les personnes venues découvrir un énième Narnia ne pourront que se sentir flouées, tant le film n’a rien à voir avec les sagas féérico-fantastiques récentes. Le rythme est assez lent, tout particulièrement en début de film, les moments de comédie peu nombreux (et souvent liés aux apparitions de Sacha Baron Cohen) et le mystère au cœur de l’enquête assez peu surprenant. Cependant, Hugo Cabret ravira tout fan de cinéma par sa sensibilité, la beauté de ses images, la virtuosité de sa réalisation et son hommage sincère au tout premier magicien du septième art.


Commentaires sur le film

Maîtres, vous avez dit maîtres ?
4 etoiles

Un maître qui fait un hommage à un autre maître, et ce pour le bonheur des plus petits et des plus grands.. ou encore, un film excessivement personnel qui prend la tournure d’un conte poétique familial, et qui est une déclaration d’amour au cinéma. Tout ça a 69 ballets. No comment.

27 décembre 2011 à 22:12 | Par Fred Bau

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