Critique de film

Maison qui tue (La)

"The House That Dripped Blood"
affiche du film

Un acteur a mystérieusement disparu. L'inspecteur Holloway, mandaté par Scotland Yard, se rend immédiatement sur place pour enquêter. Il rencontre des membres de la police locale, l'agent immobilier de la maison (qui s'appelle Stoker, sans aucun doute un clin d'œil à l'écrivain Bram Stoker auteur de Dracula) et entend de curieuses histoires sur les précédents occupants de la demeure : la première concerne un écrivain confronté à un étrangleur sorti de ses récits. La deuxième histoire met en scène deux hommes en visite dans un musée de cire qui sont obsédés par la statue d'une femme. La troisième parle d'une fillette mélancolique qui semble s'intéresser de très près à la sorcellerie. La quatrième revient sur le sort de l'acteur, qui, vêtu d'une cape, a l'impression de se transformer en vampire...

Les critiques à propos de ce film

Critique de La maison qui tue - Maison hantée, loyer modéré
Par : Fred Pizzoferrato

Anthologie horrifique produite par la Amicus et écrite, comme souvent, par Robert Bloch, La maison qui tue constitue une honnête addition au sous-genre du film à sketches mais intéressera surtout les « complétistes » du genre. L’intrigue de liaison implique un agent immobilier nommé Stocker (subtile référence à l’auteur de Dracula) et une maison réputée maudite. Un inspecteur de police, enquêtant sur la disparition d’un acteur de cinéma, mène une investigation concernant les précédents locataires de la mystérieuse demeure et écoute quatre récits censés s’y être déroulés.

« Method for murder », le premier segment concerne un écrivain spécialisé dans la littérature d’épouvante, Charles Hillier, venu s’installer dans la maison avec sa femme Annie pour y écrire son nouveau roman, une sombre histoire consacrée à un tueur sadique nommé Dominique. Peu à peu le personnage de fiction semble exercer une influence néfaste sur le romancier dont la personnalité s’efface, remplacée par celle du cruel Dominique. Son épouse lui conseille d’aller consulter un psychanalyste mais la situation empire…

Dans le second sketch « Waxworks », un retraité nommé Philip Grayson (Peter Cushing) vient s’installer dans la fameuse maison maudite pour enfin pouvoir se consacrer à ses occupations favorites : la musique, la lecture et le jardinage. Mais, dans le village voisin, Mr Grayson découvre un musée de cire dédié aux crimes les plus horribles. La statue de Salomé présentant la tête d’une victime décapitée se met à le fasciner de manière morbide et obsessionnelle. Quelques temps plus tard, Philip reçoit la visite de son vieil ami Neville. Tous deux furent jadis amoureux de la même femme, aujourd’hui décédée…Neville, à son tour, subit l’influence de la statue de cire représentant Salomé…

« Sweets to the sweet » vient ensuite et présente un certain John Reed (l’inévitable Christopher Lee) venu emménager dans la maison en compagnie de sa fille Jane. Peu à l’aise avec l’enfant, John engage une préceptrice car il refuse que Jane se rende à l’école et lui interdit également tous les jouets. Devant le refus de son père de lui offrir une poupée, la petite finit par s’en fabriquer une elle-même à partir de la cire de bougie. Or Jane s’intéresse beaucoup à la sorcellerie…

L’ultime sketch, « The cloak », suit les pas de Paul Henderson, un célèbre acteur d’horreur peu satisfait de son nouveau film, une série B misérable aux décors de carton pâte et aux costumes peu convaincants. Après avoir déversé son venin à l’encontre du cinéma d’épouvante actuel (avec quelques piques manifestement adressées à la compagnie rivale, la Hammer, comme en témoigne le fameux « j’aime Dracula…Celui de Bela Lugosi bien sûr, les autres ne valent rien »), Henderson se rend chez un costumier pour lui acheter une « authentique » cape de vampire. Le lendemain, sur le tournage, l’acteur constate qu’il perd son reflet lorsqu’il endosse la cape…

A l’image de la plupart des anthologies horrifiques de la Amicus, La maison qui tue se révèle inégal mais globalement divertissant. Les stars familières de l’épouvante seventies (Peter Cushing, Christopher Lee et Ingrid Pitt) sont bien sûr de la partie pour animer les intrigues astucieuses mais quelques peu prévisibles signées du romancier Robert Bloch, auteur de « Psychose ». La première histoire s’avère la plus efficace, tant dans sa construction que dans son (double) twist final particulièrement surprenant et bien amené. Les apparitions de Dominique génèrent pour leur part quelques frissons et fonctionnent admirablement, aboutissant à un très bon sketch.

La seconde histoire, plus classique et linéaire, reste sans doute la moins intéressante des quatre en dépit d’une performance toujours mémorable de Peter Cushing et d’une mise en scène colorée plutôt effective. Le final, trop attendu, ne relève pas réellement le niveau mais le tout se regarde néanmoins distraitement et sans déplaisir. Le troisième sketch s’apparente, lui, à un résultat mitigé, les bonnes performances des interprètes ne compensant pas complètement un script timoré et prévisible. « Sweets to the sweet » se suit toutefois sans ennui mais ne parvient pas à vraiment convaincre, la chute finale étant une nouvelle fois trop classique et prévisible pour susciter l’enthousiasme.

Enfin, la dernière histoire, verse dans l’humour burlesque et provoque elle aussi un sentiment partagé. Même si le sketch est amusant il ne semble pas vraiment s’accorder avec les trois précédents, beaucoup plus sérieux et axés sur un climat angoissant effectif. En tant qu’histoire indépendante, « The Cloak » reste tout à fait correct mais, dans le cadre de cette anthologie, le segment détonne par rapport aux autres et termine le métrage de manière assez déstabilisante, annonçant la dernière (et piteuse) anthologie parodique produite par la Amicus, Monster club, sortie en 1980.

L’intrigue de liaison de cette Maison qui tue s’avère de son côté quelconque et sans grand intérêt, la chute finale, mélangeant humour et frissons, étant particulièrement faible et attendue. De plus, la demeure maléfique, censée se trouver au centre des différents récits, leur sert plutôt de décor et aucune preuve de son influence néfaste ne sera apportée. Une faute mineure qui ne gâche pas, cependant, le plaisir pris aux différents sketches, lesquels sont suffisamment distrayants pour maintenir l’intérêt, y compris durant les segments plus faibles, dont le charme rétro et suranné demeure agréable pour les nostalgiques. Notons toutefois l’aspect globalement « gentillet » des différents scénarios, davantage orientées vers le fantastique teinté d’angoisse que vers l’horreur pure, ce qui pourrait décevoir certains amateurs, rebutés par le côté quasiment « téléfilm » de l’ensemble.

Cinéaste débutant, Peter Duffell manque sans doute de punch pour accoucher d’un véritable classique mais se tire adroitement de cette Maison qui tue. Sans rivaliser avec les meilleures anthologies de la Amicus (en particulier Asylum ou Histoires d’outre-tombe), ce métrage reste un bon divertissement fantastique et saura contenter les fans de ce type de productions.


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