Critique de film

Dernier Exorcisme (Le)

"The Last Exorcism"
affiche du film

Quand il arrive dans une ferme, le révérend Cotton Marcus s’attend à réaliser un simple exorcisme sur un fanatique religieux troublé. Cependant, il est contacté en dernier recours pour aider une adolescente, Nell, possédée par un démon. En arrivant à la ferme, l’exorciste se rend vite compte que rien n’aurait pu le préparer au mal qu’il va affronter alors qu’il s’apprête à filmer un documentaire avec toute une équipe de tournage. Il est cependant trop tard pour faire marche arrière, les croyances du révérend seront ébranlées quand lui et son équipe devront trouver un moyen de sauver Nell ainsi qu’eux même avant qu’il ne soit trop tard.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Le Dernier Exorcisme - Jésus crie !
Par : Chroniqueurs

Par Dante

Le film de possession est un genre à part entière du cinéma d’horreur, questionnant la foi, s’insinuant dans le quotidien le plus banal, touchant n’importe qui n’importe où. En résulte une peur universelle, celle de perdre le contrôle de son propre corps. Un terreau idéal pour les frissons qui donna un des plus grands films fantastiques de tous les temps : L’exorciste. Paradoxalement, le chef-d’œuvre de Friedkin mit à mal ce sous-genre tout entier, car bien fou celui qui tenta de passer derrière ce monument. Pendant de nombreuses années, les films de possession se limitèrent donc à quelques séries B espérant surfer sur la vague du maître de file (cf. la saga qui suivit notamment). Puis vint L’exorcisme d’Emily Rose, approche plus prosaïque et judiciaire de la possession qui aboutit à un film fort réussi et malheureusement passé un peu sous silence. Et c’est maintenant à ce roublard d’Eli Roth de s’engouffrer dans la brèche en surfant en même temps sur la vague des faux documentaires qui parasitent le genre depuis un certain Projet Blair witch.

Faut dire qu’Eli Roth est devenu un personnage atypique du cinéma d’horreur, même si ses films sont loin de faire l’unanimité. Il ajoute aujourd’hui la corde de producteur à son arc en jouant au jeu du Eli Roth presents. Il donne donc les moyens à Daniel Stamm, réalisateur allemand remarqué avec A necessary death, de réaliser ce film de possession qui fut doté d’une campagne publicitaire des plus inventives (je vous invite à regarder les spots de pub diffusés sur Chatroulette). Mais que ressort-il de ce qui sentait le produit bien orchestré et emballé ? La première impression est loin d’être mauvaise : Stamm réussit à cueillir le spectateur en jouant la carte du documentaire tendance télé-réalité, dans les coulisses d’un prédicateur de campagne cynique et charismatique à souhait : Patrick Fabian, la véritable révélation du film, qui arrive à faire de son personnage de charlatan peu scrupuleux une personnalité plutôt fréquentable voire carrément sympathique. S’ensuit donc une déconstruction dans les règles du mythe de l’exorcisme et de la foi en général, charge douce-amère contre des croyants aveuglés et des prédicateurs pas toujours honnêtes. On est loin de la charge anticléricale hardcore, mais le côté cool/cynique du film est loin de déplaire.

Puis on attaque les choses sérieuses : l’horreur et bien sûr le fameux exorcisme. Le vrai défi du film était bien entendu d’apporter quelque chose de neuf dans le genre. En la matière, l’équipe Stamm/Roth s’en sort plutôt bien, grâce à une nouvelle démystification de ce passage culte du cinéma, qui s’offre le luxe de faire rire et de surprendre en même temps, parfois à quelques secondes d’intervalle. Pari réussi ? Non parce qu’à partir de là les choses se gâtent, le film se met à pédaler, les premiers doutes et hésitations s’insinuent et même si quelques scènes de tension très bien emballées et le bagout de Fabian réussissent à faire mouche, le dénouement se fait attendre.

Là encore, le film prend un tour inattendu et sort des sentiers battus pour cueillir une nouvelle fois le spectateur et offre des perspectives des plus réjouissantes qui transformeraient ce modeste film de genre en petit classique instantané à l’intelligence toute diabolique. Le spectateur se prend même à croire à ce dénouement presque génial même si d’autres indices dans le film ne concordent pas. Mais il ne faudrait pas oublier l’indice le plus important, le fameux « Eli Roth présents » sur l’affiche du film. Et on imagine sans mal le protégé de Tarantino se pencher sur le scénario et se mettre à délirer sur la fin du film. Entre potes c’est marrant mais quand on le fait pour de vrai, ça l’est moins. Le casting assiste alors médusé mais beaucoup moins que les spectateurs, à une fin comme on n’en fait plus, s’appliquant méticuleusement à détruire tous les espoirs qu’on pouvait placer dans ce Dernier Exorcisme, prompt à faire passer le final granguignolesque de Mirrors pour une chute digne de Nolan.

On passera aussi sur le gimmick de la caméra portée, effet de mode utilisé comme un simple gadget qui n’apporte rien à l’intrigue quand il ne la dessert pas. Outil utilisé une fois de plus avec malhonnêteté, car comme chacun sait, dans la vraie vie, chaque morceau de tension est accompagné de musique angoissante et le caméraman gère le montage dès la capture d’image. Incohérente tout au long de l’oeuvre, la caméra portée ne retrouve vraiment son utilité que dans les désastreuses dernières minutes.

Un film qui promettait enfin un renouveau du film de possession, offrant au passage une bouffée d’air au cinéma de genre en manipulant réalisme et fantastique comme on l’avait rarement fait. Mais que d’espoir déçu au vu de ce final ignoble qui gâche ce qui aurait pu être un des meilleurs films de genre de la décennie. Eli Roth ou comment détruire un film en 3 minutes.


Critique de Le dernier exorcisme - Le démon à la caméra
Par : Samuel Tubez
Tags : Diable et démons, Possession

Eli Roth présente Le dernier exorcisme, le mockumentary satanique qui fait passer Paranormal Activity pour un épisode de Plus belle la vie ! C’est en gros ce que nous dit le trailer, mais est-ce bien la vérité Monseigneur ? Comment ça « ma mère suce des bites en Enfer » ?! Non mais ça va pas, un peu de décence nom de Dieu ! Que...oh non ! Mon Dieu, Satan l’habite ! Aarghl !

Le révérend Cotton Marcus est un prêcheur hors norme doublé d’un spécialiste en faux exorcismes qu’il effectue sur de pauvres pécheurs crédules qui ne sont vraisemblablement habités que par leurs vices (voir leur connerie). Touché par un incident ayant causé la mort d’un jeune « possédé » lors d’un exorcisme, Cotton décide de révéler devant la caméra de deux journalistes ses trucs et astuces lors d’un dernier cérémonial. Le trio se rend ainsi dans une ferme pour analyser et tenter de soigner le cas d’une adolescente sujette à d’étranges crises de somnambulisme la laissant à son réveil couverte de sang animal. Des soupçons planent alors quant à la vraie nature du mal s’attaquant à la jeune fille...

Le dernier exorcisme arpente ainsi les chemins du faux documentaire afin de peindre un portrait cynique d’une Amérique profonde en proie à la bigoterie la plus insensée. Pour peu, on se croirait dans une émission de strip-tease en immersion chez les ploucs avec, en guest star, le révérend Cotton Marcus (le très bon Patrick Fabian) et ses tours de passe-passe dignes d’un spectacle de Grand-guignol. Au-delà du cas démoniaque, le film interroge donc, en filigrane, la religion et ses croyances, allant même jusqu’à bouleverser son principal protagoniste qui remettra alors en question sa propre foi. Le long métrage de Daniel Stamm se détourne ainsi joliment du film de possession classique pour gagner en efficacité lorsque les véritables éléments maléfiques commencent à se déchaîner. Lorsque la jeune possédée (Ashley Bell, littéralement...possédée) lorgne fixement vers la caméra, déambule dans la maison tel un fantôme ou lâche quelques mots en latin, on commence alors à véritablement flipper. Les effets sont légers, et la suggestion l’emporte largement sur tout l’attirail tape-à-l’oeil du révérend. Le face à face est alors lancé et il ira crescendo, le cas démoniaque s’affichant de plus en plus clairement, jusqu’à un dénouement fatal qui laissera plus d’un spectateur pantois. Pourtant, cette conclusion qui casse avec le ton général du film et lui enlève sa crédibilité formelle (l’impossibilité d’avoir tous ces points de vue avec une seule caméra, les prises de son improbables, la musique,...) élève le métrage vers d’autres cimes. A l’issue de ce dénouement surprenant, certains affirmeront que Le dernier exorcisme est une œuvre satanique réussie, qui fustige avec malice la religion, tandis que d’autres y verront une belle arnaque. Et vous, en quoi croyez-vous ?

Le mensonge et la religion, le bien et le Mal, la fiction et le documentaire,... tout le film de Daniel Stamm repose sur la dualité et l’opposition, s’élevant ainsi du simple film de possession vers l’œuvre horrifique malicieuse. Loin de nous prendre le chou, Le dernier exorcisme est aussi une efficace partie de flippe et ce, malgré ses incohérences formelles. Comme tout bon chrétien, il est donc vivement conseillé d’y croire aveuglément plutôt que d’essayer d’en relever toutes les carences.


Critique de Le dernier exorcisme - Demon spirit
Par : Geoffrey Marmonier

Survendu par une campagne de pub le présentant comme le film le plus terrifiant de l’année (mais n’est-ce pas le cas pour chaque nouveau film d’horreur qui sort ?), Le Dernier Exorcisme fait partie de la vague des « bobines trouvées », très à la mode en ce moment à Hollywood. Plus proche d’un Projet Blair Witch que d’un Paranormal Activity (et c’est heureux), le second film de Daniel Stamm ne comble pas forcément toutes les attentes au niveau horrifique, mais est suffisamment surprenant pour être digne d’intérêt. A l’instar de REC, le film commence comme un documentaire dans lequel une équipe TV suit le révérend Cotton Marcus dans sa vie de tous les jours. Un rapide survol de sa carrière permet au spectateur de comprendre que Marcus n’est pas un révérend comme les autres, puisque non seulement il est exorciste (une tradition familiale), mais surtout parce qu’il a perdu la foi et pratique en fait de faux exorcismes.

La première qualité du film, c’est de rendre le personnage (excellemment interprété par le très charismatique Patrick Fabian) très sympathique et attachant malgré le fait qu’il soit un arnaqueur. Car en réalité, même s’il trompe les gens, il ne le fait pas seulement pour en tirer profit, mais aussi parce qu’il croit réellement que c’est ce dont certaines personnes ont besoin pour aller mieux. Du coup, la longue première partie du film, présentant le personnage et ses méthodes de travail est réellement passionnante, malgré le fait qu’elle ne comporte quasiment aucun effet horrifique. La scène du faux exorcisme, très réussie, est à la fois hilarante, grâce au montage alterné montrant les « trucs » de Cotton, mais aussi assez triste quand on voit à quel point les membres de la famille Sweezer (ou tout du moins le père et sa fille Nell) croient à fond à ce qui se passe. A ce propos, la jeune Ashley Bell fait un travail remarquable dans le rôle de Nell, apportant fraîcheur et innocence juvénile au personnage, ce qui augmente le contraste avec son comportement dans la deuxième partie du film. Le seul reproche que l’on pourrait faire à cette première partie, c’est un manque de rigueur dans la réalisation qui casse parfois l’idée qu’il s’agit d’un documentaire. Dans de nombreuses scènes, des champs / contrechamps sont utilisés pour montrer les réactions des personnages, ou pour filmer un dialogue, ce qui n’est absolument pas logique si le tout a été filmé « sur le vif » avec une seule caméra.

C’est après le faux exorcisme que le film bascule dans l’horreur, lorsque Cotton, toujours pas convaincu que la jeune fille est possédée, s’aperçoit que son truc n’a pas fonctionné. Toute la seconde partie consistera pour lui à démontrer qu’il ne s’est pas trompé et que les démons n’existent pas. Cette seconde partie est légèrement moins convaincante, notamment parce qu’elle est assez prévisible. On a droit à toute la panoplie des scènes classiques des films d’exorcisme : les multiples voix dans la chambre de Nell alors que celle-ci est seule, les contorsions impossibles de la jeune fille, la voix rauque pour se moquer du prêtre, etc. Quelques scènes sont réussies (le massacre du chat à coups de caméra), mais l’ensemble est un peu trop classique pour réellement effrayer. Cependant, le réalisateur parvient à maintenir une certaine ambiguïté tout du long sur le fait de savoir si Nell est réellement possédée ou si elle est seulement traumatisée par un lourd secret. Le final viendra cependant casser cette ambiguïté, apportant un nouvel éclairage à plusieurs éléments mis en place tout au long du film (les dessins de Nell, le comportement de son frère). Un final en demi-teinte, un peu trop granguignolesque et similaire à celui du Projet Blair Witch, mais plutôt bien fichu et surprenant.

Loin d’être un film révolutionnaire ou même terrifiant, Le Dernier Exorcisme tire tout de même son épingle du jeu grâce à son acteur principal et à une première partie plutôt intéressante. Cela ne le fera pas entrer dans les annales, mais permet de passer un bon moment.


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