Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Un groupe de jeunes gens est confronté à un prêcheur fou.
Précédé d’une réputation flatteuse, Red state est un film qui inquiète autant qu’il rassure. Red state inquiète sur le potentiel horrifique de la nature humaine : le métrage aborde avec une incroyable vista des thématiques jusqu’ici peu ou mal exploitées, à savoir les groupuscules sectaires déchargeant plus ou moins (souvent
moins) pacifiquement leur haine sur les pro-IVG, les adeptes des contraceptifs ou les pédérastes. Caricaturés à l’extrême, ces brebis égarées, louant Dieu et pelotant ses saints, bénéficient trop souvent de traits grossiers et de propos fantasques qui dénaturent le fléau gangrénant l’Amérique de l’intérieur. Kevin Smith pousse les portes de l’un de ces temples sacrificiels et attribue à son prêcheur le statut de héros, montrant, avec un premier degré peu commun pour cet adepte de la gaudriole filmique, la menace mystico-terroriste sous toutes ses coutures.
Dans le même temps, Red state rassure sur les facultés de son géniteur. Depuis Dogma, Kevin Smith s’était enlisé dans son propre terreau, minaudant d’œuvre en œuvre pour attiser la passion de ses groupies sans doute aussi sectaires que les fidèles du pasteur Cooper (l’étonnant Michael Parks). Cop out semblait sonner définitivement le glas d’une farce qui n’avait que trop duré. Red State débarque à point, la résurrection de Smith peut commencer. En renouant avec le fondamentalisme religieux, le cinéaste renoue avec ses convictions thématiques et filmiques. En optant pour le registre de l’horreur, il fait acte de foi et de contrition et se reconnaît lui-même comme pécheur, prolongeant son discours méta-cinématographique entamé par An Evening with Kevin Smith. En se limitant à la chaire
de metteur en scène, il offre à ses acteurs - tous convaincants, sans exception - une scène aussi étoilée que la cène de son foutraque et dogmatique Dogma.
A la fois sordide et absurde (le dernier volet, dès l’apparition de l’irrésistible John Goodman), Red state est avant tout un portrait au vitriol de l’Amérique, cette grande nation minée en son sein (auxquels se vouer, d’ailleurs ?) par le fanatisme, la violence, l’insécurité dont les fissures sont grossièrement colmatées à coups de poudre aux yeux et de faux-semblants. De cette crise identitaire touchant chaque personnage de l’œuvre, l’éternel ado névrosé Kevin Smith tire une étonnant essai sur l’horreur elle-même, ses fondements et ses conséquences. Une réflexion restée ouverte par un épilogue interminable rappelant les circonvolutions gonflantes des Coen brothers.
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