Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Leo Rook, le tueur en série le plus redouté d'Europe, a pour spécialité la décapitation de ses victimes. Il parvient à s'évader d'un bateau qui devait l'amener sur une île afin d'y être retenu prisonnier. A bord d'une barque il rejoint l'îlot d'un phare dont il tue les habitants. Bientôt le bateau qui le transportait vient s'échouer lui aussi sur cet îlot. Les différents passagers ne tarderont pas à venir se réfugier dans le phare, avant d'être victimes de Leo et de compléter sa collection de trophées humains.
Après le naufrage d’un rafiot carcéral, un groupe hétéroclite de gardiens et de prisonniers, accompagnés d’une psychologue, trouve refuge dans un vieux phare. L’absence d’employés du phare ne semble pas les perturber outre mesure jusqu’à ce qu’ils tombent sur le cadavre de l’un d’entre eux, la tête en moins. Les langues commencent à se délier et le gardien en chef leur annonce qu’ils voyageaient en compagnie de Léo Rook – sorte d’Hannibal Lecter briton. Ce dernier répondant aux abonnés absents, il ne fait dès lors plus aucun doute que Léo Rook est l’homme à abattre si l’on ne veut pas perdre la tête…
Réalisateur précoce (il tourne son premier court en super 8, « Spaceman », en 1977 alors qu’il n’a que 7 ans !), Simon Hunter fait partie de ce vivier anglais revigorant qui comprend également Neil Marshall et Christopher Smith. Il est certes bien moins prolifique que nos deux
lascars précités puisqu’il n’a que deux long métrages à son actif (le deuxième étant The Mutant Chronicles), mais il a préféré beurrer son larfeuille en se tournant vers la publicité (Coca Cola, British Airways, etc…) plutôt que de tourner à tire-larigot. Ce qui est assez regrettable pour nous car Hunter a indéniablement une patte, une griffe qu’il doit plus à son talent qu’à son patronyme de tueur.
Lighthouse est un premier film bourré d’ambition et de bonne volonté, mais maladroit comme un puceau en train de pénétrer le triangle d’or. Les personnages sont taillés à la hache, dotés d’une psychologie de bazar qui tient plus du cliché qu’autre chose : ainsi, James Purefoy (Solomon Kane) incarne le PITRE (Prisonnier-Innocent-Taciturne-Racé-Eduqué), Chris Dunne (28 Days later) patauge en gardien-chef insensible, Pat Kelman et Bob Goody forment quant à eux un duo de rapetous à peine sortis du moule, Rachel Shelley (The Children) campe une psy cachant un traumatisme très opportun (à la bonne heure ! Ils sont six cents dans le même cas sur les bancs des amphis chaque année) et Christopher Adamson (Pirates des Caraïbes), à qui revient la lourde tâche d’incarner le sanguinaire Léo Rook, est aussi expressif qu’un dolmen.
Viennent ensuite les scories scénaristiques, à commencer par ce que nos hiiilllustres confrères de MAD MOVIES nomment les « imprécisions topographiques » : le découpage, parfois plus brouillon qu’efficace, ne
permet pas une lecture claire des lieux, on se sent un peu paumé dans l’imbroglio des situations et, ipso facto, la tension potentielle de ces scènes retombe comme un soufflé. À côté de cela se greffent également des anachronismes ahurissants : par exemple, ne même pas soulever la question sexuelle alors qu’il s’agit d’une bande de taulards enfermés dans un phare (symbole ô combien phallique) avec une gonzesse roulée comme une sociétaire de Victoria’s Secret, c’est de la pudeur monacale ou un énooorme oubli.
Bon, c’en est fini avec la purge douloureuse car Lighthouse est également une belle promesse : lorsqu’il ne s’embourbe pas dans des cadrages hasardeux, Simon Hunter fait preuve d’une fluidité et d’une simplicité qui rend honneur au scénario. L’ambiance étant l’un de ses éléments-clés, il privilégie une photo sombre dans les scènes d’extérieur et fait preuve d’une maîtrise exceptionnelle dans l’épure (mention très très bien pour la scène des toilettes, petit morceau d’anthologie). Fuyant délibérément l’esbroufe, Hunter cherche ses influences chez Hitchcock et dans le Giallo transalpin, et ses touches inventives – malgré le budget serré (2.5M$) – explosent l’écran, peut-être parce qu’elles contrastent avec les nombreux défauts. Lighthouse a d’ailleurs retenu l’attention de Bob Isherwood, directeur créatif de Saatchi & Saatchi, au festival de Cannes en 2001, qui a sélectionné Hunter pour le NDS (New Director Showcase). Une compétition qui réunit les vingt-cinq réalisateurs les plus prometteurs du monde, c’est dire…
Bref, une première œuvre bancale mais attachante qui fleure bon les vieux films d’atmosphère tout en se permettant d’innover sans jamais faire tâche dans le décor. Quant aux défauts, il n’y a pas de quoi piquer un phare non plus.
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