Critique de film

Horror cannibal

"Nella terra dei cannibali"
affiche du film

Des explorateurs en expédition s'aventurent trop loin dans la forêt amazonienne et tombent entre les mains d'une tribu isolée de cannibales qui s'empare d'eux. Le groupe comprend également la fille d'un sénateur américain ; elle réussit à contacter son père qui envoie dans la jungle un groupe de soldats expérimentés pour tenter de sauver les malheureux. Mais dans l'enfer de la jungle ce sont maintenant les soldats qui sont en danger : leurs armes en effet se révèlent insuffisantes pour faire face aux cannibales. L'horreur la plus atroce a commencé.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Horror cannibal - Land of n’importe quoi
Par : Fred Pizzoferrato

Né en 1931 et disparu en 2007, Bruno Mattei fut probablement un des pires cinéastes du bis italien, toute sa carrière se déclinant sous la forme d’imitations ringardes des grands succès du box-office. Ses premiers films donnent le ton de la suite de sa carrière, Mattei alternant nazi-exploitation (SS girls, SS extermination love camp,…), porno (Cicciolina amore mio dans lequel débute la célèbre future députée italienne) et pseudo documentaire mondo (Le sexe interdit). Ensuite Mattei livre un film de morts vivants d’une bêtise abyssale (le mythique Virus cannibale), de l’horreur post apocalyptique (Les rats de Manhattan et son twist final impayable), des péplums cochons inspiré par Tinto Brass (Les aventures sexuelles de Néron et Poppée, Caligula et Messaline) et deux Women In Prison reprenant le personnage de « Emanuelle » (Révolte au pénitencier de filles, Pénitencier de femmes),…Bref que du bon ! De cette carrière dédiée au bis et à l’outrance où on retiendra cependant l’efficace L’autre enfer et un duo de westerns gore (Scalps vengeance indienne et White apache) pas trop mal ficelés.

A la fin des années ’80 et durant la décennie suivante, Mattei devient un cinéaste culte en livrant des plagiats éhontés et totalement fauchés de chaque succès du box-office : Robowar (après Predator), Strike commando (après Rambo 2), Alien Terminator, Cruel jaws (après Les dents de la mer),… Une carrière aberrante qui s’interrompt toutefois en 1996, alors que le marché de la série Z s’effondre. Heureusement pour tous les amateurs de nanars gouleyants, Mattei ne peut rester longtemps à la retraite et, au début des années 2000, le bonhomme revient aux affaires et livre une poignée de titres destinés au marché de la vidéo. Des chefs d’œuvres comme Cannibal world, Snuff killer ou encore Zombies : the beginning.

De cette masse horrifique et horrifiante, retenons cet Horror cannibal réalisé en 2003 avec des moyens terriblement réduits. Tourné en caméra digitale, Horror cannibal reprend, bien évidemment, les recettes popularisées par Ruggero Deodato et Umberto Lenzi près d’un quart de siècle plus tôt. Avec beaucoup moins de réussite, il va s’en dire.

L’intrigue se veut basique et efficace : suite à la disparition de la fille d’un important homme politique américain dans la jungle brésilienne, une expédition est chargée de la récupérer. Malheureusement, les sauveteurs disparaissent à leur tour dans laisser de traces et, à leur suite, un commando de Marines s’enfonce dans la jungle pour terminer la mission. Les militaires se heurtent bientôt à des tribus de cannibales affamés.

Bruno Mattei emballe forcément ce scénario minimaliste sans le moindre talent, empruntant un peu à Cannibal ferox, un peu à La montagne du dieu cannibale et beaucoup à Cannibal holocaust, dont les séquences les plus fameuses sont quasiment photocopiées, à commencer par la punition barbare d’une femme infidèle ou le peu ragoûtant repas dans le village indigène. Cependant, Mattei semble également sous le charme de Predator et se permet des combats sidérants opposant les trouffions surarmés aux cannibales équipés de lances et de flèches enduites de curare. Un affrontement tournant rapidement à l’avantage des cannibales représentant, sans doute, la force sauvage de la nature courroucée.

Niveau gore, Horror cannibal joue la carte du masticage de viscères, Mattei n’hésitant jamais à détailler ses figurants peinturlurés bouffer de la tripaille qu’ils se disputent joyeusement en s’en mettant partout. Du bon gore rigolard et décomplexé du niveau d’un goûter de maternelle. De gros bouillons de sang sont aussi au programme, le cinéaste aspergeant copieusement le décor de jets écarlate, un effet toujours efficace qui, en plus, à l’avantage de ne rien couter. Une séquence d’amputation d’une effarante ringardise et un paquet de passages « mondo » complètent le quota de violences, Mattei tuant un paquet d’animaux pour le simple plaisir de choquer le spectateur, en un hommage maladroit aux grandes heures du genre. La musique, de son côté, consiste en une ignoble bouillie qui réussit l’exploit de ne jamais coller aux scènes présentées et, forcément, à des extraits de diverses bandes originales piquées à des longs-métrages mieux nantis.

Pour interpréter un tel monument du cinéma, Mattei a bien sur engagé les pires acteurs possibles, lesquels surjouent horriblement et parviennent à ne jamais se montrer un tant soit peu crédible. Tous les clichés répondent néanmoins présents, du militaire fou de la gâchette à la soldate virile en passant par une sorte de guide répondant au nom référentiel de Romero et mâchouillant perpétuellement une pipe pour se donner un air intellectuel. Lors de la seconde moitié du métrage, une longue traque dans un environnement hostile, les interprètes se lâchent complètement et cabotinent de manière éhontée, atteignant un niveau de ringardise absolument sidérant et, quelque part, réjouissant. Les dialogues, au diapason de la nullité ambiante, alternent insupportables hurlements, insultes gratinées et répliques aberrantes dont la portée parodique sera immédiatement perceptible par les amateurs. Le doublage français, digne de la grande époque du bis fauché, accentue encore le côté burlesque de l’entreprise et confère à Horror cannibal un certain charme pour les plus motivés, même si le rythme mollasson découragera la plupart des spectateurs.

Intégrant dans son métrage des plans provenant très visiblement de sources différentes (les stock-shots sont montés n’importe comment et en dépit du plus élémentaire bon sens) et rentabilisant le déplacement aux Philippines en tournant deux films pour le prix d’un (celui-ci et le similaire Cannibal world), Bruno Mattei se fout complètement de donner à son film la moindre qualité, préférant se concentrer sur les nombreuses scènes d’action, ridicules mais distrayantes. La roublardise du cinéaste atteint son apogée lors du climax final, lequel n’existe tout simplement pas, Mattei coupant son film (?) au milieu d’une scène sans même se soucier de le conclure. Le budget devait être épuisé, tout comme la patience du spectateur.

Horror cannibal constitue, en résumé, un nanar d’une nullité sidérante mais dont la relative générosité (ça tire dans tous les sens et les indigènes mangent beaucoup de barbaques) pourra séduire les inconditionnels de la série Z. Pour tous les autres, la vision de ce métrage s’apparentera surtout à 90 minutes d’un horrible et interminable supplice.


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