Critique de film

Death Smiles at Murder

"Death Smiles at Murder"
affiche du film

Les critiques à propos de ce film

Critique de Death smiled at murder - Pseudo giallo à la D’Amato
Par : Fred Pizzoferrato
Tags : Giallo

Death smiled at murder est le premier long-métrage officiel du prolifique Joe d’Amato, lequel avait préalablement cosigné quelques westerns (comme Le colt était son dieu) et réalisé l’un ou l’autre film historiques érotiques sous divers pseudonymes. Au cours des années suivantes, Joe d’Amato deviendra un spécialiste de la sexploitation (via sa saga consacrée à la « Black Emanuelle » Laura Gemser) puis un apôtre du gore outrancier avec Blue holocaust, Horrible et Anthropophagus. Il fut également un des premiers cinéastes à marier les sous-genres apparemment incompatibles de l’érotisme (voire de la pornographie) et de l’horreur comme en témoignent Emanuelle en Amérique, Emanuelle et les derniers cannibales, La nuit fantastique des morts-vivants et son raté mais « cultissime » Porno holocaust. Par la suite, à partir du milieu des années ’80, d’Amato se spécialisa dans le hard, ne revenant à l’horreur qu’à de rares et décevantes occasions (Killing birds, Troll 3, Frankenstein 2000). Même si son titre annonce un giallo, Death smiled at murder n’en est pas vraiment un, se contentant de reprendre divers éléments du thriller italien, mêlé à un fantastique gothique dans la lignée des œuvres de Mario Bava ou Riccardo Freda. En nettement moins réussi, cela va s’en dire.

L’intrigue quasi incompréhensible de Death smiled at murder se situe en 1909 et concerne une jeune femme amnésique dont le prénom serait apparemment Greta. Cette dernière a survécu à un dramatique accident de carrosse et aboutit dans la propriété des Von Ravensbruck, un riche couple qui la recueille. Un de leurs amis, le Dr Sturgis (Klaus Kinksi) dont l’obsession est de ramener les morts à la vie, décide de soigner Greta et de restaurer sa mémoire. Peu à peu, la belle demoiselle s’intègre à la vie de Walter et Eva Von Ravensbruck, séduisant le maître de maison et réveillant les tendances lesbiennes et légèrement sadiques de son épouse. Dans le même temps, des meurtres surviennent, le Dr Sturgis est tué et l’amant de Greta poursuit des expériences médicales elles aussi centrées sur la réanimation des cadavres. Se pourrait il que la jeune femme soit une revenante ? Après qu’Eva l’ait enterré vivante dans la cave, Greta revient en tout cas hanter une soirée costume donnée dans la demeure des Von Ravensbruck, causant le décès d’Eva.

Death smiled at murder s’avère déstabilisant au possible et son scénario parait constitué d’une suite de vignettes connectées de manière un peu artificielle. Mélangeant des éléments inspirés du giallo (en particuliers les tics de mises en scène, la nudité complaisante et quelques meurtres sanglants commis par un mystérieux assassin) à une intrigue relevant du fantastique gothique, le mélange peine à proposer une intrigue cohérente. A dire vrai il est quasiment impossible de comprendre quelque chose à ce script éclaté, fragmenté, non linéaire et composé de scènes sexy ou horrifiques distillées à intervalles réguliers. La sous-intrigue impliquant Klaus Kinski ne parait pas très sensée non plus et l’acteur disparaît du métrage au bout d’une demi-heure sans que cela influe réellement sur la suite. Des éléments sexuels, incestueux ou lesbiens seront également proposés au fil du métrage, probablement dans une optique commerciale d’exploitation, même si celle-ci se montre modérée.

La mise en scène de Joe d’Amato ne se prive, pour sa part, d’aucunes coquetteries visuelles et abuse des plans bizarres et des angles de caméra saugrenus rendant les images le plus étrange possible. Les corps déformés par la caméra ou les gros plans récurrents sur des globes oculaires occupant entièrement l’écran témoignent de l’influence du giallo tandis que les scènes situées dans un laboratoire rappellent, pour leur part, les classiques de la Universal et de la Hammer. Dans celles-ci, Kinski joue un ersatz de Frankenstein monologuant en voix off des tirades édifiantes (« je possède le secret de la vie elle-même ! ») en manipulant des éprouvettes emplies de liquides colorés. A mi-film, Death smiled at murder emprunte encore une nouvelle direction et rend un hommage prononcé à la nouvelle « The Black Cat » d’Edgar Allan Poe, la maîtresse de maison emmurant sa rivale et néanmoins amante dans les caves de la propriété. La suite vire, elle, à l’horreur gothique à base de fantôme vengeur revenu punir son assassin par delà la tombe au cours d’un bal masqué tout droit tiré du « Masque de la mort rouge ». Enfin, une autre sous-intrigue traite d’une ancienne formule magique Incas permettant de ressusciter les morts. Death smiled at murder tente, au final, de combiner tout cela mais le résultat demeure simplement stupide et inintéressant. Il eut été « logique », dans la tradition du giallo, de conclure à une machination (comme par exemple dans L’appel de la chair ou Le spectre du professeur Hichcock) mais il semble que Great soit bel et bien un authentique fantôme. Enfin tout ça reste obscur et les scénaristes n’avaient sans doute pas fumé que du tabac lorsqu’ils ont accouché de ce script.

La belle photographie signée Joe d’Amato confère heureusement un certain cachet au métrage et lui évite de sombrer complètement en dépit de la médiocrité du scénario. On note également des tendances un peu « auteurisante » ou « arty » dans la mise en scène, typiques d’un cinéma d’exploitation tentée par une certaine respectabilité même si elles paraissent hélas plus prétentieuses que réussies. Au niveau du casting, Kinski, mis en valeur sur l’affiche, n’a finalement qu’un rôle secondaire assez inutile ne lui demandant guère d’effort d’interprétation. Ewa Aulin, vue précédemment dans quelques gialli atypiques comme La mort a pondu un oeuf et Le coeur aux lèvres, se montre plus convaincante et sa sensuelle beauté, fréquemment révélée par la caméra de d’Amato, constitue un « plus » indéniable. A noter que l’actrice, en dépit de critiques généralement positives, décida, peu après ce film, de mettre un terme à sa carrière à seulement 23 ans. Luciano Rossi (On l’appelle Trinita, Death walks on high heels) et Giacomo Rossi-Stuart (Black Emanuelle en Orient) complètent cette distribution de familiers du bis. Les scènes gore, peu nombreuses, possèdent cependant un sens de l’outrance les rapprochant parfois des méfaits de Hershell Gordon Lewis. Malgré des maquillages approximatifs, Joe d’Amato détaille longuement les visages explosés au fusil de chasse, les corps décomposés ou les mutilations faciales causées par un chat très agressif. Pour sa part, la nudité reste timide comparée à la moyenne des gialli de la même époque mais se permet, bien sûr, quelques plans en full frontal et une courte scène lesbienne.

Rythmé par une musique mélancolique souvent superbe, Death smiled at murder se repose essentiellement sur une atmosphère intrigante et envoutante mais ne parvient pas à convaincre en dépit de l’une ou l’autre scène effective. Son scénario abscons rend l’entreprise décevante mais le tout reste regardable et rarement ennuyeux. Ce premier Joe d’Amato officiel constitue, en résumé, une curiosité globalement ratée mais les inconditionnels du cinéma d’exploitation à tendance « arty » des seventies peuvent néanmoins y jeter un petit coup d’oeil.


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