Critique de film

Sister of Ursula (The)

"La Sorella di Ursula"
affiche du film

Aujourd’hui âgée de 20 ans, Ursula fuit les hommes dont elle ne supporte pas le contact et réprime complètement sa sexualité. Au contraire, Dagmar adopte un comportement très libre et multiplie les conquêtes, attirant l’attention du directeur de l’hôtel, le séduisant quinquagénaire Roberto Delleri. Mais un petit loubard cocaïnomane, Filippo, tente également sa chance auprès de Dagmar, laquelle ne semble pas insensible à son charme voyou. La quiétude de la station balnéaire se voit alors troublée par la découverte du corps d’une prostituée mutilée au niveau de l’entre-jambe. Suite à un nouveau double meurtre, la police mène l’enquête et le passé des différents protagonistes est exposé…qui est le sadique terrorisant la petite ville ?

Les critiques à propos de ce film

Critique de Sister of Ursula - Et ta soeur ?
Par : Fred Pizzoferrato
Tags : Giallo

Le giallo fut un genre éminemment populaire dans les années ’70 et Sister of Ursula apparaît comme une de ses dernières déclinaisons. Lancé par Mario Bava avec le précurseur La fille qui en savait trop en 1962, il faut cependant attendre le début des seventies pour que le giallo s’impose commercialement. La trilogie animalière d’Argento (L’oiseau au plumage de cristal, Le chat à neuf queues et Quatre mouches de velours gris) entraina une série de titres similaires (La queue du scorpion, La tarentule au ventre noir, L’iguane à la langue de feu,…) puis d’innombrables déclinaisons d’intérêt variable. Le giallo atteignit son zénith, commercial et artistique, avec la sortie des Frissons de l’angoisse d’Argento en 1975 mais la fin de la décennie vit le genre décliner en popularité et en qualité, à quelques exceptions près. Une centaine de métrages apparentés au giallo virent en effet le jour en un laps de temps fort bref et les cinéastes se laissèrent souvent aller à la facilité en ressassant des formules scénaristiques usées et en jouant la carte de l’exploitation pure et simple via un érotisme poussé et un gore excessif. Sister of Ursula appartient à cette dernière vague, lorsque le mystère policier et l’ambiance cédaient la place à des procédés racoleurs comme en témoigne aussi Giallo a Venezia ou Au-delà du désir.

Avec Sister of Ursula, le scénariste Enzo Milioni effectuait ses peu convaincants débuts de metteur en scène, qu’il allait poursuivre avec seulement deux autres long-métrages, dont le giallo tardif, Lune de sang, datant de 1989. Selon le cinéaste, le projet Sister of Ursula se voulait uniquement commercial et son idée était de récolter des fonds pour un métrage plus ambitieux qui, finalement, ne se réalisa pas. Reprenant les clichés éculés du giallo, Sister of Ursula déroule une intrigue banale dans laquelle se mélange trafic de drogue, machination, traumatisme ancien, parapsychologie et, surtout, sexualité débridée.

Deux jolies sœurs autrichiennes, Ursula et Dagmar Beyne, passent leurs vacances au bord de la mer italienne. Les demoiselles ont été abandonnées par leur mère et élevées par leur paternel, devenu dépressif avant de se suicider, un événement ayant profondément traumatisé Ursula. Aujourd’hui âgée de 20 ans, Ursula fuit les hommes dont elle ne supporte pas le contact et réprime complètement sa sexualité. Au contraire, Dagmar adopte un comportement très libre et multiplie les conquêtes, attirant l’attention du directeur de l’hôtel, le séduisant quinquagénaire Roberto Delleri. Mais un petit loubard cocaïnomane, Filippo, tente également sa chance auprès de Dagmar, laquelle ne semble pas insensible à son charme voyou. La quiétude de la station balnéaire se voit alors troublée par la découverte du corps d’une prostituée mutilée au niveau de l’entre-jambe. Suite à un nouveau double meurtre, la police mène l’enquête et le passé des différents protagonistes est exposé…qui est le sadique terrorisant la petite ville ?

Gratuit et provocateur, Sister of Ursula consacre une partie conséquente de son temps de projection à des séquences érotiques relativement poussées. L’une d’elle concerne par exemple Stefania d’Amario fort occupée à se caresser langoureusement à l’aide d’un collier à côté de sa sœur endormie. La nudité, tant masculine que féminine, joue la carte du « full frontal » généreux mais le métrage échoue à susciter l’enthousiasme et enquille des passages sexy monotones et mécaniques. Ceux-ci sont classiquement bercés par un jazz de troisième zone s’apparentant dangereusement à de la variété d’ascenseur. Bref, en dépit de tous les efforts d’un Milioni à deux doigts (bien sûr !) de basculer dans le hard, l’érotisme ne fonctionne guère et se montre surtout ennuyeux. Autre élément de pure exploitation, l’arme utilisée par le tueur n’est autre qu’un olisbos, soit un godemichet de bois massif, avec lequel il éventre ses victimes féminines. Milioni ne détaille pas les meurtres en eux-mêmes mais s’attarde complaisamment sur les demoiselles dénudées et leur entre jambe ensanglanté. Par manque de moyens ou crainte de la censure, les effets gore sont cependant réduits au minimum mais la suggestion malsaine et le sadisme satisfait du meurtrier donnent au métrage une certaine identité.

Au niveau du casting, le cinéaste dévoile sans pudeur les charmes de Stefania d’Amario (L’enfer des zombies, Les déportées de la section spéciale SS,…) mais révèle uniquement la poitrine de Barbara Magnolfi (Suspiria). Dommage d’ailleurs que cette dernière, censée être l’héroïne de l’intrigue, soit reléguée à un rôle passif et mal écrit, dont la caractérisation sommaire rend impossible toute implication du spectateur.

Le mari de Magnolfi, Marc Porel (La longue nuit de l’exorcisme, Je vais craquer), décédé de ses excès de drogues à 34 ans, compose de son côté un personnage louche dont la véritable identité sera révélée lors du final. Comme tout giallo qui se respecte, Sister of Ursula multiplie évidemment les rebondissements et autres twists durant son dernier quart d’heure. Hélas, la plupart semblent cousus de fil blanc et l’identité du meurtrier, ainsi que son mobile, ne surprendra personne, excepté peut être ceux estimant cette révélation trop évidente pour que le scénariste ne choisissent pas un autre coupable. A tort, Sister of Ursula assumant jusqu’au bout son côté linéaire, prévisible et sans originalité ! Une sous-intrigue à base de trafic de drogue se voit en outre plaquée sur le film pour lui conférer une certaine épaisseur et le rapprocher des polars à l’italienne. Malheureusement cette partie fonctionne encore plus mal que le coté purement giallo et ne semble là que pour brouiller les pistes et atteindre la durée réglementaire. Reste les paysages italiens, filmés comme des cartes postales touristiques, pour dépayser le spectateur et l’occuper entre deux séquences sexy.

Réalisé avec une absence totale d’implication par un Milioni peu concerné, Sister of Ursula propose un scénario à la construction familière entrecoupé de quelques meurtres suggérés et de nombreuses scènes chaudes routinières accompagnée d’une infâme muzak. Cependant, malgré tout ces défauts (ou plutôt, pour les plus pervers, à cause d’eux), le métrage reste modérément divertissant et saura contenter, sinon satisfaire, les inconditionnels du giallo.


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