Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Territories met en scène cinq jeunes qui rentrent aux États-Unis après un mariage célébré au Canada. Ils sont soudain arrêtés par des douaniers. Possédant un peu d’herbe (de quoi sans doute faire passer les maux de crânes dus aux agapes de la veille), ils ne tardent pas à se faire malmener, les deux officiers étant en fait de véritables fêlés.
La carte n’est pas le territoire, aphorisme rédhibitoire asséné par quelque conférencier qui trouve une résonance particulière dans le comportement xénophobe de deux ex-combattants de la guerre d’Irak protestant contre la politique isolationniste de Barak Obama. Surtout depuis que le bougre a annoncé qu’il désirait fermer le camp de Guantanamo, emblème de ce que l’Amérique a pu faire de mieux en matière de lutte contre le terrorisme international. Du coup, quand la menace musulmane frappe à leurs portes, les deux compères ne peuvent s’empêcher de faire joujou avec les barbus et leurs amis...
"Sur des sujets aussi sensibles, on peut utiliser deux armes : l’humour ou la violence. J’ai choisi la violence" expliquait Olivier Abbou, le réalisateur hexagonal de cette co-production franco-canadienne sur
scène avec la présentation du film au BIFFF 2011. Notons d’ailleurs à ce sujet que le cinéaste prépare actuellement une comédie intitulée Yes, we can dans laquelle deux loosers kidnappent au Kenya la grand-maman du président américain... Mais ceci est une autre histoire.
Durant une vingtaine de minutes, Territoires s’illustre effectivement par son âpreté particulière : les pensionnaires d’une voiture subissent l’excès d’autorité de deux douaniers intransigeants à propos de la sécurité de leur territoire. Intimidations, interrogatoires absurdes ("Comptez-vous attaquer notre pays ?"), fouilles anales : les trublions mettent tout en oeuvre pour transformer leurs victimes en cobayes de laboratoire. Coffrés dans des cages, encagoulés, parfois déshabillés, les martyrs en devenir n’ont de cesse de se demander ce qu’ils ont bien pu faire pour se retrouver dans cette galère.
A la question : "Mais pourquoi sont-ils si méchants ?", les festivaliers ont déjà la réponse. Nette, tranchée, irréfutable : "Parce que !" Sur l’écran, la solution est moins évidente. Passé cette entrée en matière aussi malsaine que jubilatoire, Territoires s’engouffre dans une sorte de méli-mélo narratif que se partagent la totalité des personnages : Abbou s’intéresse d’abord aux proies (caméra subjective à l’appui), puis épouse le point de vue des tortionnaires avant de s’attarder sur un détective privé venu enquêter sur la disparition des cinq loustics. Devenue confuse et bancale, l’histoire tissée par Thibault Lang Willar n’offre plus que quelques scènes de caractérisation amputées de tout enjeu dramatique (Il est arabe, sa future femme est juive. Oui, et ?), destinées à faire émerger un peu plus les aprioris racistes du tandem de bourreaux.
Un sous-texte parfois incisif à l’égard de la politique internationale (l’omnipotence) et nationale (le règne de la peur) des Etats-Unis, une entrée en matière sur les chapeaux de roue, c’est finalement tout ce qu’il reste de ce Territoires plutôt faiblard.
Territories (retitré Checkpoint pour l’exploitation internationale) est le premier film d’Olivier Abbou, jeune réalisateur québécois. Démarrant comme un classique survival, avec sa bande de jeunes confrontés à des flics psychopathes dans un coin reculé des Etats-Unis, le film bascule assez vite dans une horreur beaucoup plus réaliste et effrayante. Car Territories n’est pas un énième dérivé de Massacre à la Tronçonneuse, mais plutôt un film d’horreur psychologique furieusement engagé politiquement. En décrivant le
calvaire de ces cinq victimes innocentes, Abbou dénonce les dérives xénophobes et sécuritaires des Etats-Unis. Car le film dévoilera très vite que les deux pseudo officiers de police sont en fait des vétérans de la guerre du Golfe qui ont décidé de se lancer de façon un peu trop zélée dans la guerre contre le terrorisme. Quitte à enlever des personnes un peu trop basanées à leur goût (l’un des héros, bien qu’Américain, est d’origine arabe) pour les torturer selon les méthodes utilisées à Guantanamo.
Outre son sujet brûlant et sa façon très viscérale de l’aborder (malgré le peu de gore présent à l’écran, les tortures subies par les personnages n’en sont pas moins horribles), Territories tire sa force de son scénario d’une noirceur absolue (toutes les vagues lueurs d’espoir sont assez rapidement anéanties) qui prend le temps de
développer tous les personnages. Les victimes sont ainsi esquissées juste assez pour les rendre attachantes et proches de nous, tandis que les deux tortionnaires ont eux aussi droit à quelques scènes plutôt émouvantes donnant des pistes sur la raison de leurs actions. Même le personnage pourtant très cliché du détective qui enquête sur la disparition des victimes a droit à suffisamment de scènes pour apparaitre foncièrement humain (au travers notamment des messages laissés par sa fille sur son dictaphone) et pour qu’on se préoccupe de son sort. L’interprétation est elle aussi excellente, que ce soit du côté des héros qui ont l’air de réellement souffrir à l’écran (la scène où l’une des jeunes filles finit par balancer des informations fausses sur l’un de ses amis est d’une tristesse infinie), ou des tortionnaires (Roc LaFortune est tout simplement monstrueux).
Territories est un vrai film coup de poing, qui pose nombre de questions difficiles et laisse un goût amer dans la bouche une fois le générique de fin terminé. Une première œuvre d’une rare maîtrise, à découvrir absolument.
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