Critique de film

Puppet Master

"Puppetmaster"
affiche du film

Un fabricant de jouets trouve une mystérieuse formule qui donne la vie à ses poupées, les Puppet Master. Et quelle vie ! Les poupées sont sadiques, meurtrières, ultra violentes.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Puppet master - I am with you puppet master !
Par : Fred Pizzoferrato

David Schmoeller fut un des pourvoyeurs de séries B horrifiques les plus intéressants des années ’80, transcendant ses limites budgétaires pour proposer des œuvres efficacement emballées et souvent originales. Né à Louisville, Kentucky, en 1947, Schmoeller débute sa carrière de metteur en scène avec l’agréable slasher Tourist trap, sorti en 1979. Au cours des quinze années suivantes, il dirige d’appréciables productions comme The seduction, Fou à tuer, The arrival, Catacombs ou encore La main des ténèbres. Par la suite, malheureusement, Schmoeller se tourne vers la télévision et revient aux courts métrages et aux documentaires, délaissant les longs-métrages de fiction, sa dernière incursion sur les grands écrans étant The secret kingdom, en 1998.

L’intrigue de Puppet master, pour sa part, s’avère classique mais divertissante et suit un petit groupe de médiums se rendant à l’hôtel Bodega Bay pour répondre à l’invitation d’un certain Neil Gallagher. Malheureusement, une fois sur place, la troupe découvre que non seulement Gallagher est mort mais aussi qu’il effectuait des recherches, basées sur la magie égyptienne, afin d’insuffler la vie à des objets inanimés. Les invités du défunt sont alors confrontés à des poupées meurtrières animées des pires intentions, jadis confectionnées par un sorcier s’étant suicidé durant la Seconde Guerre Mondiale, André Toulon.

Réalisé à la fin des années ’80, Puppet master fut produit par la fameuse compagnie Full Moon, laquelle succédait à Empire, déjà dirigée par Charles et Albert Band et célèbre pour ses nombreuses séries B (ou Z) d’inspiration fantastique. La Full Moon gagna ses galons avec les interminables sagas Subspecies ou Trancers mais sa plus belle réussite commerciale demeure Puppet master puisque pas moins de dix (!) séquelles se succédèrent en une vingtaine d’années, sans compter les dérivés comme Demonic toys (lesquels eurent même droit à leur cross-over avec la série originale via un Puppet master vs Demonic toys, en 2004).

Gros succès des vidéoclubs à l’époque de sa sortie, Puppet master s’est, en outre, forgé, au fil du temps et des suites, une réputation de classique culte « mineure » de l’épouvante des eighties. L’inspiration évidente du métrage reste, bien sûr, le Dolls de Stuart Gordon déjà produit par Charles Band deux ans plus tôt même si le pingre producteur déclare, pour sa part, se référer à un sketch de Trilogy of terror.

Revu avec le recul, le métrage de Schmoeller accuse un sérieux coup de vieux et trahit un rédhibitoire manque de nerf mais demeure relativement plaisant et agréable. Le principal intérêt de Puppet master, aujourd’hui comme hier, réside surtout dans la poignée de poupées maléfiques possédant, chacune, une caractéristique particulière. Possédant une tête rotative perforante à la manière d’une foreuse, des sangsues gloutonnes dissimulées dans la gueule ou un crochet de pirate en guise de main, les jouets meurtriers se révèlent intéressants et plein de punch, aidés par des effets spéciaux convaincants du regretté Dave Allen, décédé d’un cancer en 1999. Utilisant des marionnettes, de la stop-motion et des mécaniques, Allen et son équipe donne vie aux poupées tueuses et leur confère une personnalité finalement plus intéressante que celle des transparents personnages humains, d’ailleurs interprétés par des acteurs peu concernés.

Les scènes d’attaques sont, elles aussi, réussies, la plus divertissante impliquant Matt Roe, ligoté sur un lit, un bandeau sur les yeux, prêt pour une séance de sexe torride mais piégé par les créatures de plastiques qui profitent de sa position de faiblesse pour lui infliger quelques tourments gratinés. Les séquences de rêves prémonitoires, pour leur part, sont bien menées et possèdent un certain potentiel en dépit de leur côté convenu et prévisible. Malgré le peu de moyen dont il dispose, Schmoeller soigne l’atmosphère d’étrangeté et confère au métrage un climat intrigant même s’il ne peut rivaliser avec le similaire Dolls qui jouait la carte du conte de fées macabre avec davantage de conviction.

En dépit d’une durée restreinte (environ 85 minutes), Puppet master accuse également quelques longueurs et un manque de rythme flagrant, chaque séquence semblant trainer en longueur pour suppléer à la minceur d’un script réduit à un simple argument. Le scénario n’ira, en effet, jamais plus loin que la classique réunion d’une poignée de personnages dans un lieu clos où ils seront, un par un, assassinés par une force maléfique.

L’identité du créateur de jouet André Toulon est, elle, laissée largement dans l’ombre et l’intrigant prologue n’explique guère sa destinée et ses motivations, lesquelles seront toutefois explorées dans les épisodes ultérieurs et en particulier Puppet master 3. Ce manque de développement n’aide guère le spectateur à se sentir concerné par le sort des victimes menacées par les poupées. Le sexe et le gore, ingrédients coutumiers du bis des années ’80 sont, pour leur part, étonnamment peu présent. Schmoeller, en effet, banni la nudité et joue davantage la carte de la suggestion, parfois efficace, que de l’horreur graphique, au risque de frustrer les amateurs.

En résumé, pour un direct-to-vidéo de la fin des années ’80, Puppet master demeure correct mais n’offre rien de particulièrement mémorable. Si son « énorme » popularité auprès des fans laisse songeur, bien des métrages de cette époque sont moins réussis et divertissants. Dans l’ensemble, Puppet master se regarde distraitement, sans passion mais sans déplaisir, en particulier pour les nostalgiques l’ayant jadis découvert au temps (béni ?) des cassettes vidéos.


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