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Jonathan Cross est une star du Rollerball, un sport extrême. Mais tous les joueurs ne sont que de pions pour le créateur de ce jeu, pour qui, plus les parties sont spectaculaires et sanglantes, plus les rentrées d'argent sont importantes...
En raison de problèmes avec la police, Jonathan Cross, natif de San Fransisco, a dû renoncer à entrer dans la Ligue Nationale de Hockey pour s’exiler en Russie, où il est devenu une vedette du Rollerball, sport ultra violent. Jouant désormais dans la même équipe de son meilleur ami LL Cool J, il découvre peu à peu que les lois qui régissent le Rollerball en coulisses sont encore plus impitoyables que sur le terrain de jeu, et que toute vedette qu’il est, il n’est qu’un pion parmi d’autres du grand magnat Alexis Petrovitch...
Il est certains films que l’on réapprend à apprécier après avoir vu leurs remakes. C’est le cas du Rollerball de 1975, qu’on
a parfois taxé d’une violence gratuite et d’une morale douteuse, et dont cette nouvelle version de John McTiernan (Prédator,
Piège de Cristal) n’est qu’une ombre dévitalisée. Prenant le parti de se distinguer de l’oeuvre originale, où le jeu de rollerball
(version ultra violente du football américain et du hockey sur glace, avec patins à roulettes et motos, se déroulant sur une piste
circulaire) est central, et le lieu où se cristallisent toutes les tensions sociales, humaines et politiques du film, le scénario de
Larry Ferguson et John Pogue, en essayant de réactualiser l’histoire, a pris le risque délibéré de faire passer au second plan
le jeu, et de renoncer à la dimension SF presque intemporelle, et
visionnaire, du film de Norman Jewison, pour se déployer sur
des intrigues inter-individuelles adjacentes à la médiatisation du sport. Ainsi, le rollerball n’est plus le sport dominant d’un monde
uniformisé et contrôlé par quelques multinationales, mais un sport marginal de l’Europe de l’Est, inventé par Alexis Petrovith (Jean
Reno), qui n’y voit qu’un moyen parmi d’autres de réussite personnelle, au détriment même des joueurs, et du sport. Il y avait là
peut-être une gageure à tenir. Peut-être. L’occasion en tout cas de dire autre chose que la version de 1975.
Et pourtant, le film déçoit dès les premières minutes. L’entrée en matière où Jonathan Cross (Chris Klein) se livre à une course plus qu’improbable de planche à roulettes dans les rues de San Fransisco (ces mêmes rues où naguère Bullit nous a offert une superbe course poursuite de voitures), et qui lui vaut d’avoir la police après lui, apparaît d’emblée fortuite et inutile. Si elle est supposée justifier comment il est amené à accepter de partir avec son vieux pote Marcus Ridley (LL Cool J) vers les terres lointaines de Kazkhstani en Russie, elle ruine toute la dimension SF du sujet, dimension dans laquelle le film ne reviendra plus du tout, pas même lors des scènes de rollerball. Nous retrouvons alors quelques années plus tard nos protagonistes au cœur de l’action rollerball, où ils sont à la fois des stars, et les pions d’enjeux économiques et médiatiques dont le chef d’orchestre n’est autre qu’Alexis Petrovitch, qui bien vite transforme son sport en un jeu d’arène létal. Et dès lors qu’ils auront découvert qu’ils ne sont pour lui ni plus ni moins que des gladiateurs interchangeables, et sacrifiables, nos deux héros ne penseront plus alors qu’à échapper aux griffes de Petrovitch.
Autant le dire sans plus attendre : la crédibilité du film fait absolument défaut. N’ayant plus comme moteur narratif les enjeux politiques d’un jeu international qui porta son prédécesseur, le remake ne se contente pas seulement d’échouer à développer une vraie histoire. S’il renonce manifestement à tout vrai contenu ou forme SF, ce n’est hélas que pour se résumer à un film d’action bourrin, où aucun personnage ne parvient à nous convaincre. Cross est tellement lisse qu’on ne peut pas croire à ce prétendu Maradona du rollerball. Le personnage de Petrovitch lui-même n’est pas viable : au sommet du pouvoir mafieux où il contrôle tout de A à Z, il sabote cependant sa propre réussite dans le domaine du sport en faisant preuve d’une absence totale de maîtrise de soi, sans laquelle il n’aurait jamais pu parvenir où il en est. Quant à Jean Reno (supposé être la giga star du film), il se livre platement à une caricature dénuée de toute dimension dramatique, plutôt que de nous offrir une interprétation pertinente de la mégalomanie de Petrovitch (qui faute de sauver le film, nous aurait au moins apporté une compensation). Le film ne se contente donc pas seulement de ne proposer aucune histoire tangible. Il saborde aussi le peu de narration dramatique qu’il propose, tout en manquant le traitement du seul véritable sujet qu’il prétend aborder : l’ouverture du bloc de l’Est au capitalisme.
Non content de passer à côté de son propos, McTiernan enchaîne des scènes plus incongrues les unes que les autres. A ce titre, la
tentative d’évasion de Cross et Ridley apparaît plus comme une greffe maladroite issue d’un James Bond qu’à autre chose. Quant
au règlement de compte final entre Cross et Petrovitch, il semble quant à lui tiré d’un film de gangsters, qui se seraient perdus lors du
tournage d’un autre film, pour atterrir accidentellement prêt d’une piste de rollerball avec leurs fusils à pompes. Reste les scènes du
jeu de rollerball à proprement parler, constituant le dernier succédané de SF supposé relier le remake à l’original, et auquel McTiernan
a voulu donner la dimension théâtrale du catch. Le problème, c’est que dans le catch, on fait semblant de s’entre-tuer pour réaliser de
connivences les prouesses physiques les plus spectaculaires, alors qu’avec le rollerball, on cogne plus fort qu’au hockey sur glace. Le
problème, c’est que le rollerball est un sport de science-fiction. L’idée de ramener le rollerball au catch apparaît donc sinon mauvaise,
du moins inadéquate, et dont la justification ne peut être qu’esthétique. Or, toutes les scènes du rollerball à proprement parler ne nous offrent
jamais une vision fluide et panoramique de ce sport, mais qu’un flux chaotique d’images en fragment, donnant à voir tantôt des cascades,
et tantôt des bastons, ce qui est un comble, vu le titre du film, et vu la dimension dramatique du Rollerball de 1975, beaucoup plus sobre et consistant dans sa mise en image du sport en question. A ce stade, on a du mal à imaginer qu’un remake puisse descendre plus bas. Et
pourtant, McTiernan y arrive. Si la progression de la violence du rollerball vers les arènes des gladiateurs était, dans le film de Jewison,
corrélative de la montée de la violence politique, elle devient ici totalement gratuite et absurde, sans pour autant nous offrir un vrai film sur l’absurdité de la médiatisation de la violence sportive. En définitive, tout le film se vautre dans une débauche erratique de moyens visuels,
dont le réalisateur, à force de trop vouloir en mettre, n’a fait que multiplier les maladresses. Quant à la pseudo critique de la connivence de
pouvoir entre les milieux mafieux, financiers, sportifs et médiatiques, elle ne nous montre qu’une chose : qu’il ne suffit pas de balancer ça et
là, au fil d’une histoire à dormir debout, quelques louches sur les enjeux de pouvoirs inhérent au sport, pour faire un remake d’un film de
science-fiction pamphlétaire des 70’s.
Rollerball est un film qui, pour un budget de 70 millions de dollars, n’a rien à proposer de valable, et a tôt fait d’exacerber par sa nullité globale. John McTiernan aura produit un remake tout aussi prétentieux que raté, dont le seul intérêt est de nous rappeler que le Rollerball de 1975 reste un pamphlet politique original, plus pertinent que jamais, et plus actuel par bien des aspects que cette version 2002.
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