Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
John McClane, un flic de New York, débarque à Los Angeles afin de passer les vacances de Noël avec sa femme. Mais au même moment, la tour qui abrite la soirée du réveillon est envahie par un groupe de terroristes. Les résidents de l'immeuble sont pris en otage. Tout a été calculé au millimètre près. Tout sauf un détail... McClane.
Par Thibault Despreaux
C’est le film d’action américain dans toute sa splendeur et ses limites, aux failles abyssales et aux sommets olympiens. Après le succès de Predator, John McTiernan a carte blanche : il récupère un scénario qu’il édulcore volontiers pour ouvrir la voie à une nouvelle démarche de
genre. Au diable les agents secrets idéalisés, les héros-modèles, John McLane est un Monsieur-tout-le-monde dans les grandes largeurs, à ceci près qu’il est flic et accessoirement l’homme toujours ’’au mauvais endroit au mauvais moment’’ [et aussi un mec misogyne] : c’est le postulat de Die Hard, décliné dans ses suites.
Piège de cristal initie le concept de l’action 100% décontractée, mariant légèreté revendiquée et spectaculaire, humour ’’impromptu’’ et violence frondeuse. Un vrai défouloir, mais pas seulement : la mise en scène est virtuose et après la linéarité assourdissante de Predator, McTiernan étonne. Le terrain de jeu de la prise d’otages dont McLane est le fâcheux point de détail imprévu, une tour de 40 étages, est un théâtre de tous les contraires [ambiances, échelles de plans, filtres, lieux ’’souterrains’’ ouverts à tous les possibles/lieux ’’clinquants’’ et QG] ou le tâcheron devenu cinéaste embrasse l’espace avec une maîtrise défiant tous les Heat : la mise en scène est un modèle d’élégance, modèle définitif dans son genre.
Le film gagne aussi à être ancré dans un relatif réalisme social [plus vif dans le script initial, mettant en scène d’authentiques terroristes au lieu de cambrioleurs de haut vol], écho souvent absent chez des pontes de l’action, comme Cameron en général [exception faite de son Terminator]. Jamais sentencieux pour autant, Die Hard ne freine pas devant les clichés, mais a le mérite de prendre ses accès sentimentalistes généralement à revers. Du coup, lorsqu’un flic black retrouve la gâchette, son ennemie intime depuis qu’il l’a usée à tort, pour l’employer au moment propice, on est un peu désolé de constater pareil élan réac : mais aussitôt une fois encore le film enchaîne sur une vanne de McLane.

Idem pour l’aspect ’’famille’’, qui paraît malvenu, ou tout simplement lourd. Malgré sa malice, Die Hard n’évite pas ce soupçon de gravité qui le rattache au foyer du tout-public : encore un peu timoré dans le fond. Sa désinvolture ne l’est pas moins : le couple de durs à cuirs est évidemment sympathiques, mais les coups de gueule de Madame, aguicheurs mais terriblement naïfs [platement démagos ? -mais sans plus de raison de s’inquiéter-]. Il en va de même pour la répartie inlassable de McLane qui tient souvent de la pochade nanardesque. Die Hard veut accentuer et faire cohabiter élégance suprême et lénifiante bourrine attitude et y parvient.
S’il s’amuse -et nous convainc-, de façon un peu appuyée mais sans virer à la démonstration, des stéréotypes qu’il convoque [les Johnson et Johnson du FBI ; puis les autres, car chacun en prend pour son grade – ’’méchants’’ très charismatiques cependant et heureusement], Die Hard manque cependant d’élaboration au-delà du côté strictement formel. En substance, les rouages de sa ’’coolitude’’ sont trop visibles et donc ne fonctionne pas [ou plus ?] toujours. Néanmoins, nous tenons là une référence des 90’s [elle engendre un type d’héros moderne nouveau] dont la dynamique du trivial sophistiqué [interchangeable] jouit et jouira longtemps de beaux restes.
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