Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Le docteur Miranda Grey, psychologue pour criminels de renom, travaille au sein du pénitencier psychiatrique pour femmes que dirige son mari. Elle sait mieux que personne ce qui est rationnel... Jusqu'au jour où elle se réveille dans l'une des cellules de l'institution, accusée du meurtre de son mari. Un crime dont elle n'a aucun souvenir. Dans sa quête pour retrouver la mémoire, elle devra faire face à un esprit vengeur...
Miranda Grey (Halle Berry), psychologue de renom, exerce au pénitencier psychiatrique de Woodward, dirigé par son mari, qu’elle aime et admire.
Travaillant sur des cas de démences particulièrement avancées, elle ne s’en remet qu’à l’analyse rationnelle. Pourtant, suite à un accident de voiture
où elle rencontre, ou croit rencontrer une jeune femme apeurée, elle se retrouve internée dans ce même pénitencier, pour apprendre, alors qu’elle
souffre d’amnésie, que son mari a été assassiné, et que les preuves la désignent. Tandis que ses anciens collègues pensent qu’elle a basculé dans
la folie, Miranda, extrêmement fragilisée, va s’efforcer de faire la part
des choses, et tenter vaille que vaille de découvrir la vérité qui se cache derrière
tous ces événements qui l’assaillent, et échappent à son contrôle.
En présentant en 15 minutes un personnage principal dont le métier a pour outils fondamentaux la logique rationnelle et la science interprétative, puis en l’internant dans l’asile où il travaillait, au cœur d’une histoire où l’irrationnel fuse de toute part, Mathieu Kassovitz s’est lancé avec Gothika dans un thriller fantastique dont la trame est des plus tentaculaires. Et c’est avec des yeux ravis que l’on se laisse entraîner par les différentes lignes de tensions qu’il tend et fait vibrer pendant près de 45 minutes, entre les éléments psychiatriques, policiers, et fantastiques, qui se croisent, tissant une toile de plus en plus inextricable autour de cette pauvre Miranda, qui quant à elle, en proie à des flash-backs et des apparitions, voit basculer tous ses repères, et se trouve forcée de réapprendre à interpréter les phénomènes qui l’entourent. L’occasion, par ailleurs, pour Halle Berry, de nous rappeler qu’elle peut être une actrice, et pas seulement une "black beauty". Le spectateur prudent et attentif, lui, constate que ses propres interprétations ne sont que des conjectures livrées à l’expectative, partageant la déperdition de Miranda, et sa volonté de survivre : est-elle folle, droguée à son insu, ou possédée ? Est-elle victime d’une machination ? Est-elle sujette à l’hallucination et à l’auto-mutilation, ou bien est-elle en proie à un fantôme ? Somatise-t-elle ou est-elle porteuse de stigmates ? Que se passe-t-il réellement dans ce pénitencier ? Pourquoi tout ceci lui arrive-t-il ? C’est presque d’une main de maître que ces 45 minutes nous tiennent en haleine, en laissant planer un doute raisonnable..
Presque. Car à force de trop serrer le nœud d’un suspense entre aliénation mentale, manipulation médicale, et surnaturel, et qui ne fonctionne que parce que
le film joue sur une ambiguïté que le double registre du thriller et du fantastique lui permet d’agencer (qui doit énormément à la prestation de Robert Downey
Jr), c’est avec ces mêmes yeux que l’on finit par se demander de moins en moins comment Miranda Grey va pouvoir se sortir (ou pas) de cet imbroglio, et de plus
en plus comment Mathieu Kassovitz va réussir à soutenir la gageure du voile nébuleux qu’il a élaboré. La suite et la fin ne nous donneront hélas à voir qu’un ballon
de baudruche qui se dégonfle et tombe à plat dans le canevas d’un thriller fantastique trop conventionnel et prévisible, où ce qui est supposé permettre au film de
retomber sur ses pattes après tant de pirouettes audacieuses, est ce qui lui fait multiplier les lieux communs, et l’achève. Et ce même film,
qui nous avait fait miroiter
le noir firmament où se mélange avec brio deux genres, se termine moins comme un thriller époustouflant que comme un polar plutôt banal, sous-poudré d’un
fantastique made in Ghost Whisperer. Autant dire que la chute est rude, et que la pomme tombe loin de l’arbre.
Gothika , avec une première partie bluffante, au suspense radical, et une seconde, qui non seulement peine à tenir les promesses de la première, mais encore, laisse en suspens les nombreuses difficultés soulevées par le traitement complexe de l’histoire, est un film par trop inégal et inabouti pour pouvoir prétendre à plus qu’à l’esbroufe, sinon l’imposture, dans le registre où il essaye d’évoluer. On ne sait en définitive s’il faut remercier Kassovitz d’avoir su, à partir du scénario stéréotypé de Sebastian Gutierrez, réaliser ces 45 minutes sans lesquelles ce film n’aurait aucun intérêt, et qui laissent songeur sur ce qu’aurait pu être Gothika, ou s’il faut lui reprocher d’avoir participé à ce projet faisandé ? Ici, c’est à chacun de voir..
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