Critique de film

Millenium: Les Hommes qui n'aimaient pas les femmes

"The Girl with the Dragon Tattoo"
affiche du film

Mikael Blomkvist, brillant journaliste d’investigation, est engagé par un des plus puissants industriels de Suède, Henrik Vanger, pour enquêter sur la disparition de sa nièce, Harriet, survenue des années auparavant. Vanger est convaincu qu’elle a été assassinée par un membre de sa propre famille. Lisbeth Salander, jeune femme rebelle mais enquêtrice exceptionnelle, est chargée de se renseigner sur Blomkvist, ce qui va finalement la conduire à travailler avec lui. Entre la jeune femme perturbée qui se méfie de tout le monde et le journaliste tenace, un lien de confiance fragile va se nouer tandis qu’ils suivent la piste de plusieurs meurtres. Ils se retrouvent bientôt plongés au cœur des secrets et des haines familiales, des scandales financiers et des crimes les plus barbares…

Les critiques à propos de ce film

Critique de Les hommes qui n’aimaient pas les femmes
Par : Geoffrey Marmonier

Habituellement, l’annonce d’un remake américain d’un film étranger recent est toujours accueillie par des cris d’indignation des cinéphiles et critiques de tous bords. Difficile en effet de comprendre cette habitude américaine de récupérer ce qui marche à l’étranger pour le refaire à leur sauce, souvent en dénaturant totalement l’œuvre d’origine. Pourtant, lors de l’annonce de la mise en chantier d’une nouvelle adaptation de l’excellent roman de Stieg Larsson, peu de voix se sont élevées pour protester. Ardu en effet de faire la fine bouche devant un remake confié aux bons soins du génial David Fincher, avec un casting de choix, Daniel Craig en tête, et une évidente envie de respecter l’œuvre originale. Et au fil des posters et autres bandes-annonces, l’espoir se faisait de plus en plus grand que ce nouveau Millenium allait pouvoir rivaliser avec l’honorable mais un peu mollassonne adaptation suédoise du même roman.

Dès le générique, sorte de croisement pervers et dégénéré d’un générique de James Bond et du générique de Seven sur fond d’une reprise maladive du Immigrant Song de Led Zeppelin, la messe est quasiment dite : le Millenium de David Fincher enterre définitivement son modèle. Premier exploit, et non des moindres, le film de Fincher réussit le tour de force de captiver les spectateurs ayant lu le livre et vu la première version. Ceci grâce notamment à un script d’une fidélité à toute épreuve au roman de Stieg Larsson (mis a part quelques menus détails finalement peu dérangeants, dont un final légèrement modifié). Le scénario de Steven Zaillian (Le Stratège, Gangs of New York, Hannibal, La Liste de Schindler, on a vu pire filmographie) est en effet un modèle d’adaptation, arrivant à condenser en deux heures et demi un pavé à l’intrigue complexe et aux nombreux personnages sans pour autant altérer l’ambiance si particulière du livre ni ôter d’éléments importants de celui-ci (contrairement a la version suédoise qui faisait l’impasse sur quasiment tout le volet journalistique de l’intrigue). On est même presque étonné de découvrir un film américain avec autant de nudité à l’écran, ainsi que de constater que la liberté sexuelle du roman n’a pas été gommée (oui, Lisbeth est bisexuelle, et oui, Michael a une relation avec sa rédactrice en chef avec la bénédiction du mari de celle-ci).

La réalisation de Fincher, sobre et efficace dans la droite lignée de celle de The Social Network, met parfaitement en valeur le décor oppressant de l’ile enneigée sur laquelle se déroule l’action. L’isolement des héros est palpable, et l’impression qu’ils sont constamment surveillés à mesure qu’ils approchent de la vérité est parfaitement restituée. Misant avant tout sur des éléments visuels plus que de longs dialogues explicatifs (voir les nombreux flashbacks), le film réserve même quelques grands moments de mise en scène fincheriens en diable. La scène du viol de Lisbeth, certes moins crue que dans la version suédoise, reste un moment d’une grande violence psychologique, et la vengeance de Lisbeth rappellera rapidement à ceux qui l’auraient oublié qu’on a bien affaire à un film du réalisateur de Seven.

Mais là ou le film de Fincher enterre définitivement son modèle, c’est surtout dans son casting. Daniel Craig se coule sans accroc dans la peau de Michael Blomkvist, à la fois charmeur, opiniâtre, déterminé et tenace, et surtout beaucoup plus charismatique que Michael Nyqvist. Mais la vraie révélation du film est définitivement Rooney Mara, que l’on sentait pourtant perdante dans le rôle de Lisbeth face à la performance de la très douée Noomi Rapace. On avait en effet du mal à imaginer la jeune femme transparente du remake des Griffes de la Nuit se couler dans les habits de la déjantée Lisbeth. Et pourtant, Mara est une parfaite Lisbeth Salander, pugnace et combattive, solitaire et excentrique, mais aussi très touchante dans sa relation avec les quelques personnes qu’elle estime. Fincher rend le personnage beaucoup plus attachant que dans la version suédoise, en s’attardant notamment sur sa relation avec son tuteur, ou en montrant sa carapace se fissurer petit à petit au contact de Michael Blomkvist. Avec un jeu beaucoup plus subtil et fin que celui de Noomi Rapace, Rooney Mara remporte le morceau.

Bref, grâce à un excellent travail d’adaptation, à une mise en scène tendue et efficace et à un casting sans reproche, cette version américaine de Millenium vient se ranger au panthéon des remakes surpassant l’original. On n’en attendait pas moins du grand David Fincher, mais c’est toujours agréable d’avoir la confirmation. Espérons maintenant que le réalisateur va signer pour réaliser les deux suites du film…


Critique des Les hommes qui n’aimaient pas les femmes - La Bête Humaine
Par : Chroniqueurs

Par Samuel Bouchoms

Après une longue attente, voici enfin la version du premier volet de la trilogie Suédoise Millenium par David Fincher. A coups de trailers tendus et d’une promotion massive (allant jusqu’à révéler 8 minutes de son film), les fans frisaient la crise d’apoplexie. Et l’attente est récompensée par un film marquant à plus d’un titre. Après un court prologue qui installe une ambiance glaçante, mystérieuse mais déjà terriblement prenante, c’est la baffe en pleine figure : le générique d’ouverture. Des silhouettes noir d’encre, dégoulinantes comme engluées dans du pétrole s’aspirent, se mêlent, s’écartèlent, s’enflamment au son des notes agressives, distordues jusqu’à la fausseté, des voix désincarnées et des percussions martelées d’Immigrant Song, reprise magistrale de Led Zeppelin. La couleur sombre et l’ambiance poisseuse, organique, malsaine s’annoncent clairement.

A l’instar du bouquin, la suite n’est qu’une plongée sans fin dans les tréfonds les plus sombres et dérangés de l’esprit humain. Violence, sadisme et mystère sont les ingrédients de ce thriller que d’aucuns rapprocheraient de Seven et Zodiac. Le réalisateur ajoute une dimension supplémentaire à la version suédoise dont la réalisation peu inspirée gâchait le plaisir. La virtuosité du cinéaste rythme le récit, le ponctuant de séquences d’investigations vertigineuses, qu’il résume à l’essentiel afin de préserver le dynamisme du scénario et de scènes de violence crue interminables, confinant au voyeurisme sadique. L’ambiance glauque du matériel original est parfaitement retransmise, de même que les accès de tension, que Fincher rend étouffants jusqu’à l’insupportable au moyen d’une bande-son torturée dont le volume assomme le spectateur. Et ce ne sont pas les pointes d’humour (noir, lui aussi) qui apporteront le ballon d’oxygène tant attendu.

Steven Zaillian réalise une épure scénaristique bien nécessaire (en 2h38 de bobine tout de même), compte tenu de la densité du livre (complexité des intrigues et du nombre de personnages en présence). Le scénario en lui-même est débarrassé de ses boursoufflures littéraires pour se concentrer sur l’investigation et les relations entre les personnages principaux : Mickael Blomkvist, Lisbeth Salander, Henrik, Harriet et Martin Vanger. L’accent est mis sur la coopération (plus que) professionnelle entre Mickael et Lisbeth, ainsi que sur Lisbeth elle-même, ses relations particulières avec le monde extérieur découlant d’un passé lourd comme le plomb. Les plus mordus remarqueront un léger changement dans le personnage de Harriet Vanger, une dose d’inattendu bienvenue, ainsi que quelques éléments piochés dans les suites, qui les annoncent discrètement. Les acteurs jouent la sobriété avec efficacité donnant vie à leurs personnages, leur prêtant des attitudes terriblement réalistes. Petite réserve sur Lisbeth qui apparaît ici vulnérable, presque fragile là où Larsson la décrit agressive dans ses attitudes et son regard. Du reste, Rooney Mara lui donne une consistance certes inattendue, mais tout à fait crédible et charismatique : passant d’une humeur effacée à une détermination impitoyable face à Bjurman, tout en laissant transparaître son admiration pour Blomkvist. Fincher place ses personnages dans un environnement aussi glaçant que le film lui-même, la Laponie suédoise, gelée et hostile, un lieu reculé où « personne ne vous entend crier ».

Si on regrettera un dernier acte manquant de souffle par rapport à ce qui le précède, l’ambiance travaillée, la réalisation virtuose et les acteurs impeccables font de The Girl With The Dragon Tattoo une excellente adaptation du roman de Stieg Larsson. Fincher livre un thriller charnel et adulte dont le final simple et émouvant tranche avec l’atmosphère viciée dépeinte jusque là. Un film dont on ne ressort pas indemne, ne fut-ce qu’à cause de son générique génial. A voir, absolument !!!


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