Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
A Salem, la rumeur gronde : le village abriterait des sorcières. La jeune et belle Abigail, soupçonnée, se défend en accusant des notables, dont la femme de John Proctor. C'est pour elle l'occasion de se venger de John, qui l'avait quittée après leur liaison adultère. Alors que commencent les pendaisons, John, cherchant à défendre sa femme enceinte, devient à son tour suspect...
Par Bruno Dussart
En 1996, le peu prolifique et plutôt discret Nicholas Hytner adapte à l’écran le fameux procès des sorcières de Salem de l’histoire coloniale des Etats-Unis qui fustigea dans le Massachusetts de l’an 1692 la condamnation et l’exécution de paysannes accusées de sorcellerie. Le film est adapté de la pièce à succès, The Crucible de Arthur Miller.
A Salem, une hystérie collective menée par la jeune Abigail semble apeurer toute la population après que d’innocentes femmes se soient
retrouvées accusées à tort de sorcellerie. Jalouse car éperdument amoureuse de John Protor avec qui elle avait eu préalablement une liaison d’adultère, elle décide par esprit vindicatif de faire accuser la femme de ce dernier.
Succès critique à l’époque de sa sortie, cette production hollywoodienne de 25 millions de dollars réunissant une pléiade de stars notoires décrit avec parcimonie le déclin d’une population villageoise terrorisée par les superstitions satanistes et de l’inquisition mise en place au début du 13è siècle. Cette juridiction ecclésiastique réprimait sans concession les crimes d’hérésie jusqu’au XVIè siècle. Par l’entremise d’une finaude catin si perfide et pernicieuse qu’elle réussit facilement à endoctriner dans son délire hérétique un groupe de jeunes filles terrorisées de son influence, la population de Salem va être en proie à une véritable hystérie collective. Une paranoïa de grande ampleur, une progression dans la folie si savamment alimentée que le sinistre Révérend Hale va être amené à se déplacer pour se rendre sur les lieux afin de constater la potentielle emprise du Diable.
Dès lors, d’innocentes villageoises ou des paysans infirmes sont condamnés de pactiser avec le démon pour être finalement pendus devant une population enflammée. Mais un autre procès tout aussi dérisoire se profile autour du couple John et Sarah Protor, accusés à leur tour par Abigail, rongée par la haine et la jalousie d’avoir été dépréciée par cet époux valeureux avec qui elle eut précédemment une brève relation d’adultère.
La force du récit réalisé dans une reconstitution soignée de l’époque moyenâgeuse (bien que les décors soient restreints) est d’illustrer avec une intensité émotionnelle humble le destin tragique de citoyens lambda injustement condamnés à mort pour des suspicions contraires à l’ordre moral du catholicisme. Entre les vrais responsables perfides de cette imbécile paranoïa incongrue et l’impassibilité des hauts représentants tributaires de la foi chrétienne censés restituer une justice équitable, Nicholas Hytner dénonce l’hypocrisie insensée de ces juges incapables d’éprouver une once de lucidité et de discernement face aux accusations inéquitablement assénées aux victimes.
C’est l’obsession du puritanisme inculqué depuis des siècles, l’intégrisme religieux jusqu’au boutiste qui est sévèrement montré du doigt dans ce récit dérisoire face à l’autorité d’une juridiction totalitaire impitoyable. La peur d’être accusé de sorcellerie pour se retrouver la corde autour du cou va inciter nombre de villageois a avouer des fautes occultes qu’ils n’ont pourtant jamais commis. Ou à contrario, tenter de dissuader le tribunal consulaire de ces accusations grotesques mais se retrouver inévitablement suspecté pour un motif absurde contraire à la morale de Dieu. La victime présumée totalement démunie se retrouve alors esseulée pour sa plaidoirie
établie sans avocat devant leur tribunal érigé par l’Église.
Daniel Day Lewis endosse avec ferveur et une autorité spontanée un personnage humble inscrit dans la dignité humaine, la raison et la véritable foi de ne pas se laisser vilipender par les mensonges feints par une catin perfide au pouvoir de persuasion diabolique. Un homme prêt à fabuler pour signer la fraude d’un acte de rédemption afin d’échapper à la pendaison ou à contrario sauver en dernier recours son âme en guise de repentance pour ces honnêtes convictions. Une loyauté déférente de ne pas se résoudre à un simulacre judiciaire compromis avant tout pour endormir une population davantage anarchiste. C’est la gracile Winona Ryder qui s’accapare avec une conviction sidérante de démesure hystérique le personnage odieux d’une mégère responsable d’une piètre hécatombe pour ces pauvres quidams condamnés à périr la nuque brisée. Joan Allen, en épouse aimante et candide s’avère particulièrement sobre et poignante dans sa loyauté inflexible à accepter la décision fatidique de son époux perplexe dans son ultime désespoir de cause..
Particulièrement intense, poignant, voire bouleversant vers son point d’orgue capital, La Chasse aux sorcières est l’un des plus puissants réquisitoires contre l’intolérance, le puritanisme sectaire et l’influence néfaste que l’inquisition a pu engendrer. Superbement interprété, cet implacable drame historique est un témoignage éloquent sur une époque moyenâgeuse engluée dans l’obscurantisme et les superstitions de pacotille. Passionnant.
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