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2054. Dans un Paris labyrinthique Ilona Tasuiev, jeune scientifique est kidnappée. Avalon, l'entreprise qui l'emploie fait pression sur Karas, policier controversé, spécialisé dans les affaires d'enlèvement, pour retrouver au plus vite la disparue...
Paris, année 2054. Alors que la ville est devenue un labyrinthe architectural sous surveillance vidéo, qui semble flotter au dessus de la Seine, les publicités de l’omniprésente société Avalon inondent la ville. Ilona Tasuiev, une jeune scientifique surdouée qui y travaille, est enlevée par un inconnu. L’inspecteur Karas, figure controversée de la police, et son équipe d’élite spécialisée dans les enlèvements sont mobilisés sur cette affaire. Bien qu’aucune rançon n’ait été demandée, Avalon fait pression sur ce dernier, qui appréhende rapidement que cette histoire de kidnapping est plus compliquée qu’il n’y paraît. Sentant une présence dans son sillage, l’inspecteur fait la rencontre de Bislane, la soeur aînée d’Illona, qui mène sa propre enquête de son côté. Se rapprochant peu à peu l’un de l’autre, Karas et Bislane comprennent qu’ils ne sont pas seuls sur les traces d’Ilona, et que leurs poursuivants semblent prêts à tout pour les devancer. Retrouver Ilona devient alors vital : la jeune femme est l’enjeu d’intérêts occultes qui les dépassent, qui ont traits au protocole "Renaissance". Il y est question d’expérimentations secrètes sur le génome humain, recherches dont les résultats sont convoités par la société Avalon et Paul Dellenbach, son vice-président.
Renaissance est un polar d’anticipation principalement influencé par Blade Runner et James Elroy, dont la réalisation se
situe au croisement de la peinture, du dessin animé, et du cinéma réaliste, et qui fut suffisamment ambitieux pour générer
la création des studios d’animation 3D : Attitude Studio. Précédé, quant à sa genèse, d’un petit film animé de Marc Viance,
et par le court métrage Maaz (1998) réalisé par Christian Volckman et produit par Aton Soumache, ce projet s’est d’emblée
imposé à ces trois hommes comme celui d’un long métrage SF en noir et blanc, sans nuances de gris, et utilisant les technologies
de motion capture et de modélisation en 3D. Rejoints par Mathieu Delaporte et Alexandre de la Patellière, deux scénaristes
désireux de projeter dans une ambiance SF de grandes figures du roman noir, et qui allaient compléter le noyau dur du film,
tous s’accordèrent très vite sur le choix de la ville de Paris comme cadre exclusif de toute l’histoire.
Le processus de création intégra donc d’abord la capitale française, qui loin de se limiter à servir de cadre à un récit policier se déroulant dans un futur proche, se révèle être le personnage substantiel et organique du film. Un Paris à la fois conservé, interprété et réinventé, plus onirique que futuriste, quoi que soucieux de se déployer dans un vocabulaire parisien. Un Paris 2054, qui échappe au seul souci de projection réaliste, alors que la réalisation graphique atteint quant à elle un niveau de crédibilité réaliste inouï, les techniques d’animation employées, tout aussi pointues que novatrices, ne transparaissant pas à l’écran. C’est ce contraste permanent entre le noir et le blanc, l’onirisme et le réalisme, le présent et le futur, le technologique et l’artistique, qui constitue toute la dimension visuelle de ce "Paris Confidential".
Entièrement concentré dans cette zone vague où la lumière et
l’absence de lumière apparaissent unies et séparées de façon
indénouable, et qui caractérise la technique picturale du clair-obscur (apparue à la Renaissance), le récit se déploie de telle
sorte que les frontières dichotomiques entre le Bien et le Mal vacillent inexorablement. Les personnages, taillés au cordeau,
jamais caricaturaux bien que typés, sont tous des micro-organismes urbains de cette vaste membrane parisienne sublimée
qui n’a pas d’autre signification que celle d’être l’émanation d’une "obscure clarté". A ce titre, tous sont magnifiés dans leurs
insolubles contradictions. Tous portent avec eux leurs parts de mensonge et de vérité. Tous procèdent d’une certaine déperdition
collective.
Le déroulement du polar quant à lui, en dépit de son incursion dans la génétique, et de quelques connotations cyber-punks, demeure des plus traditionnel : il se fonde sur le dévoilement progressif d’une intrique où chaque éclaircissement n’est jamais qu’une avancée supplémentaire dans l’obscurité et la cruauté. La profondeur de la lumière n’est jamais plus que l’épaisseur de la noirceur, tandis que l’éclat de la beauté ne saurait avoir lieu sans quelque déchirure sublime. Soutenu par une musique de facture classique composée à l’image près par Nicolas Dood, Renaissance se présente comme un film réaliste et expressionniste, qui nous convie à une magie visuelle et graphique de tous les instants, ainsi qu’à une émotion narrative dont le rythme général a été conçu de manière millimétrée.
Film d’animation d’une noirceur incandescente, qui, en marge des productions américaines et japonaises dominantes, nous offre la pleine page de l’expérience cinématographique d’un clair-obscur intégral difficilement descriptible, Renaissance allie un perfectionnisme formel irréprochable à une intrigue narrative excessivement bien ficelée. Au risque de paraître chauvin, on qualifiera cette oeuvre, dont la forme et le contenu relève d’une lumière crépusculaire égale, de magistrale, et d’unique en son genre. Aussi rare qu’indispensable.
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