Critique de film

Dracula 2001

"Dracula 2000"
affiche du film

A l'aube du XXI ème siècle et en plein coeur de Londres, un groupe de voleurs pénètre dans un coffre fort appartenant à un riche collectionneur, Abraham Van Hesling. Ils sont persuadés que ce dernier possède des tresors, mais quelle n'est pas leur surprise de découvrir qu'en fait, il n'y a qu'un cercueil qu'ils n'arrivent pas à ouvrir. L 'emmenant avec eux, ils vont finir par lâcher en pleine nature, le plus célèbre des vampires, Dracula. Celui-ci se met alors en quête de sa promise, Mary, vers qui il est attiré, ce qui le conduit à la Nouvelle-Orleans.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Dracula 2001 - Dracula dans l’ombre du marionnettiste Wes Craven
Par : Fred Bau
Tags : Vampires

Avec un titre aussi ciblé, il n’y avait qu’une seule alternative pour cette incursion de Patrick Lussier dans le domaine vampirique : ou bien son film serait le film de vampire du début du XXIème siècle ; ou bien il ne serait qu’un métrage improbable de plus nous laissant sur notre soif. Au vu du caractère peu inspiré du titre, l’auteur de ces lignes pariait déjà pour la deuxième option. Pari gagné, malheureusement. Celui qui a été plusieurs fois monteur pour Wes Craven (que l’on retrouve du côté de la production de cette liqueur frelatée) sacrifie cette transposition du mythe de Bram Stoker dans les années 2000 à une orientation cinématographique outrancièrement commerciale (à ce titre, l’apparition fréquente du logo Virgin parle d’elle-même), et ce, en ayant l’audace de multiplier les références visuelles à des œuvres majeures comme le Nosferatu d’Herzog ou le Dracula de Coppola. On retrouve donc l’une des marques de fabrique de Scream (et parfois même, certaines scènes copiées et collées), quoi qu’avec bien moins de talent : du film creux pour adolescents en pleine montée d’hormones, bourré de plagiats, de clichés, et de références. Et ce n’est pas les quelques bonnes idées disséminées ça et là qui peuvent sauver du naufrage ce vidéo clip de 1h39.

Mais Lussier, dont le statut de réal passe presque pour anecdotique dans ce qui est son premier film, tant on reconnaît la patte de Craven, ne se contente pas de vampiriser un espace visuel et culturel. Il va jusqu’à dépouiller le personnage de sa complexité, constitutive pourtant de son ambiguïté fondamentale entre le bien et le mal, le désir et la mort, l’humain et la bête. Si Dracula (interprété ici par un Gérard Butler peu convaincant) est celui qui n’a plus de reflet dans le miroir, celui dont le contour de l’image n’est plus de ce monde, sans pour autant appartenir définitivement aux ténèbres ; s’il est le prince des damnés, que nous aimons et craignons à la fois ; s’il est cette figure attractive et répulsive vouée à n’avoir pour espace vital que celui d’un insaisissable clair-obscur entre vie et mort où il lui faut se repaître de sang. Si Dracula est devenu un mythe parce qu’il est tout cela à la fois, il devient avec Lussier un condensé fantasmatique et libidinal pour ados en mal de rêves et de cauchemars con-sensuels.

Et pourtant, ce n’était pas faute de disposer d’une idée fascinante : celle qui veut que le célèbre Van Helsing (Christopher Plummer) ait réussi à piéger le comte immortel, et qu’il le séquestre depuis le XIXème siècle, en s’injectant, au moyen de sangsues, le sang de la créature de la nuit. L’utilisation de ces filtres organiques a une double conséquence : le chasseur de vampires devient immortel à son tour, et il transmet ce sang triplement mêlé (vampire, humain, sangsue) à sa propre fille Mary Heller (Justine Waddel). Hélas, le développement d’un pitch aussi novateur passe carrément à la trappe. L’idée qu’un humain puisse atteindre l’immortalité en vampirisant le plus grand des vampires fictifs au moyen de vampires réels reste à l’état d’ébauche. Celle d’une descendance qui serait le fruit de ce triple croisement, et donc une incarnation monstrueuse issue de la relation quasi incestueuse, puisque consanguine, du vampire, de l’humain et de l’animal, n’est pas plus explorée. Pire même : Dracula 2001 est au antipode de la descente obsessionnelle et charnelle dans les enfers filiaux et immémoriaux de l’Eros et du Thanatos, que son pitch pouvait laisser espérer ; au lieu d’opérer une mise en abîme mythologique de la question de la vie éternelle à travers la métamorphose du sang du non-mort dans une chair vivante qui réclame la mort éternelle, le scénario de Joel Soisson avorte dans une juxtaposition du mythe de Dracula avec celui des Evangiles Canoniques.

En identifiant, avec un traitement dont nous renonçons à nous donner la peine de mesurer la superficialité, Dracula et Judas, c’est un ingénieux et complexe jeu de miroir Dracula/Helsing cristallisé dans la figure d’une descendance maudite qui est tout bonnement oblitéré, sans qu’une véritable lecture comparative entre le sang vampirique (Dracula) et le sang évangélique (Christ/Judas) ne nous soit proposée. Le prénom de Mary quant à lui, s’il se révèle être d’une nature "alambiquée" (en associant le prénom Mary au logo Virgin, on aboutit à la Vierge Marie, mère du Christ), il nous révèle aussi tout le dilettantisme de cette histoire, qui fait l’impasse absolue sur la complexité tant charnelle que spirituelle de la relation de Mary Heller avec ses deux pères, Van Helsing (la chair de sa chair qui veut la protéger) et Dracula (le sang de son sang qui veut la posséder). N’abordant ni le thème de la transmission, ni celui de la génération, ce qu’en définitive Lussier, qui ne parvient pas même à nous offrir un bon divertissement, élude de manière éhontée, c’est la grande difficulté que soulèvent les deux mythes qu’il massacre sous couvert de les juxtaposer : le mystère androgyne du sang, génialement traité par le Nosferatu de Herzog.

Reste, au cœur de cette fumisterie prétentieuse qui n’apporte aucun regard pertinent, ni sur le mythe évangélique, ni sur celui vampirique, un film d’action bien moyen qui oppose le gang de cambrioleurs contaminés par Dracula à Simon Sheppard (Jonny Lee Miller tombé très loin de l’arbre Trainspotting). L’employé de Van Hesling doit s’improviser sur le tas tueur de vampires, afin de combattre des suceurs de sang mâles surexcités et des vamps femelles en chaleur, pour voler au secours d’une Mary Heller qui semble vivre son statut de monstre hybride incestueux comme une mauvaise crise d’acné. Exit donc, tout aussi bien la puissance allégorique du sang (le film n’a rien à nous dire, ni à propos d’une Mary qui est mère du sang christique, ni à propos de celle qui est fille du sang de Dracula) que le film d’action et d’horreur efficacement mené, dont Blade, faut-il le rappeler, nous a offert un prototype viable.

A l’image du vampire qui dans ce film n’apparaît pas dans les caméras des journalistes, un grand film n’apparaît pas dans cette pub pour crème cutanée, dentifrice et rouge à lèvres. Et s’il ne fait aucun doute que Dracula 2001 sacrifie sur l’autel du commerce des idées qui à l’analyse paraissent remarquables et prometteuses, n’est-il pas navrant d’assister à une telle arnaque alors que ce métrage possède des ingrédients qui ouvrent la voie rare et magique du croisement entre film de genre et film d’auteur, comme c’est le cas d’un Morse, d’un Left Bank ou d’un Heartless ? Cela faisait un bon moment déjà que certains parmi nous, en dépit du génial Freddy Krueger des 80’s, considéraient que le nom de Wes Craven était devenu synonyme d’escroquerie dans le cinéma de genre. Après un spectacle aussi déplorable que ce projet, qui avait pourtant en mains les éléments essentiels pour devenir l’un des films de vampire les plus marquants du début du XXIème siècle, comment douter encore que le surestimé Wes Craven est passé maître dans l’art de se foutre de la gueule du monde, et de s’associer avec des gens qui partagent ce genre d’orientation ? Quoi qu’il en soit, il devient difficile, quand on a pris la mesure du gâchis d’idées que représente cette version stérile de Dracula, d’évoquer un éventuel second degré.


Donnez votre avis sur le film !

En résumé
ecrire un commentaire sur le film
;



News

Pas de news associées à ce film actuellement

Galerie photos

photo 27073 photo 27074 photo 27075 photo 27076 photo 27077
Voir la galerie complète

Database



Récentes critiques

affiche du film
Men in black 3
2011
affiche du film
Septième sceau (Le)
1957
affiche du film
Making-Off
2011
affiche du film
Sharktopus
2010
affiche du film
Death Bed: The Bed That Eats
1977
affiche du film
Poongsan
2011
affiche du film
Arrivo di Wang (L')
2011
affiche du film
Pig
2011
affiche du film
Julia X 3D
2011
affiche du film
Rites of Spring
2011
Scream queen of the week
Sola Aoi
Caroline Munro
Jamie Chung
Briana Evigan
SCREAM QUEENS OF THE BIFFF - Le service presse
SCREAM QUEEN OF THE BIFFF - Rebecca Hall
SCREAM QUEEN OF THE BIFFF - Scarlett Alice Johnson
SCREAM QUEEN OF THE BIFFF - Michelle Jenner
SCREAM QUEEN OF THE BIFFF - Melissa George
SCREAM QUEEN OF THE BIFFF - Kareena Kapoor
SCREAM QUEEN OF THE BIFFF - Damien Marchal
SCREAM QUEEN OF THE BIFFF - Ha Eun-Jung
SCREAM QUEEN OF THE BIFFF - Carolina Bang
SCREAM QUEEN OF THE BIFFF - Maggie Grace
SCREAM QUEEN OF THE BIFFF - Eva Huang
SCREAM QUEEN OF THE BIFFF - Alice Eve
Lynn Collins
Kate Mara
Katy Marie Johnson
Paz de la Huerta
Rosalba Neri
Freida Pinto
Rosie Huntington-Whiteley
Uschi Digard
Megan Fox
Angelina Jolie
Carrie Ng
Ashlyn Gere
Hayden Panettiere
Courtney Hope
Sarah Michelle Gellar
Maud Myers
Elodie Bouleau
Rachel Zeskind
Sandrine Quynh
Marie Bos
Devanny Pinn
Erica Cerra
Alice Vial
Elina Madison
Dawn Olivieri
Rachael Robbins
Béatrice de La Boulaye
Ruby Larocca
Aurélie Godefroy
Mère Noël
Anna Naigeon
Clara Vallet
Karin Shibata
Brooke Lewis
Kaylee Williams
Melissa Mars
Jill Wagner
Brianna Brown
Vanessa Rosa
America Olivo
Cheri Christian
Rachel Grubb
Véronique Lechat
Julie Delaurenti
Deneen Melody
Jenny Spain
Anessa Ramsey
Krista Allen
Emilie Brunner
Alix Bénézech
Morgane Housset
Julia Voth
Sarah Virginia Brock
Raine Brown
Stéphanie Kern Siebering
Kimberly Magness
Emmanuelle Vaugier
Maud Galet-Lalande
Nicole Kruex
Michele Morrow
Melissa Bacelar
Emily Brownell
Kimberly Amato
Tiffany Shepis
Scarlet Salem
Bree Michaels
Elissa Dowling
Christa Campbell
Krista Grotte
Tracy Coogan
Nicola Fiore
Monique Dupree
Penny Drake
Bianca Barnett

Newsletter

Devenir membre du site

Vous inscrire

Entrez votre adresse email dans le champ ci-dessous. Vous recevrez à cette adresse un courrier de confirmation d’inscription et un lien. Ce lien vous permettra de sélectionner les listes de diffusion.

Vous pouvez également vous inscrire en tant qu’auteur.

Newsletter publique

Pour recevoir les dernières nouvelles du site, abonnez-vous à la newsletter !

Forum

Forum

Suivez-nous sur

twitter Twitter
facebook Facebook
myspace MySpace

Statistiques

Ce site compte actuellement :

  • 4326 films
  • 2806 critiques de film
  • 19 chroniqueurs
  • 6233 commentaires