Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Au Canada, une jeune fille de 13 ans, Rynn Jacobs, vit toute seule dans une grande maison depuis la mort soudaine et mystérieuse de son père qu'elle essaie de dissimuler. Ses ennuis commencent lorsque le fils de sa propriétaire, Frank Hallet, qui manifeste un intérêt évident pour elle, lui rend visite. Avec sa mère, ils vont constituer une menace pour Rynn. Cependant, la jeune fille rencontre le jeune Mario Podesta avec lequel elle se lie d'amitié et qui va lui venir en aide...
Par Bruno Dussart
Réalisateur d’origine hongroise plutôt discret et inclassable, Nicolas Gessner réalise en 1976 un ovni sorti de nulle part réunissant un trio d’acteurs peu communs tels que le chanteur Mort Shuman, Martin Sheen et surtout l’adolescente Jodie Foster dans l’un de ses premiers rôles majeurs au cinéma. Récompensée du Saturn Award du Meilleur Film et de la Meilleure actrice en 1978, cette œuvre méconnue du public mais soutenue par une poignée d’aficionados est un étrange conte insolite auquel la présence magnétique de la jeune Jodie Foster doit beaucoup au caractère trouble.
Dans une demeure bucolique loin de l’urbanisation, Rynn Jacobs est une jeune adolescente de 13 ans vivant recluse avec son père.
Harcelée par le pédophile arrogant Frank Hallet et la mère de celui-ci, agent immobilière de la famille Jacobs, elle semble totalement autonome et débrouillarde pour son jeune âge à s’occuper des nombreuses tâches dans la maison. Mais dans son entourage, nombre de quidams s’interrogent sur l’absentéisme récurrent de son paternel alors que Madame Hallet disparaît à son tour sans laisser de trace.
Drame intimiste, suspense en vase clos, romance infantile et mystère sous-jacent sont les ingrédients de ce petit métrage transcendé par la prestance de la néophyte Jodie Foster. Avec beaucoup d’habileté dans l’art de suggérer une inquiétude diffuse et quelques fausses pistes habilement entretenues, La Petite Fille au bout du chemin nous dresse l’étonnant portrait d’une adolescente de 13 ans, livrée à elle-même, depuis la mort de son père qu’elle décide de cacher aux autres. Guidée préalablement de manière marginale par un paternel en totale opposition avec la société conformiste et l’encadrement scolaire, Rynn Jacobs aura tranquillement appris à survivre dans une totale autonomie. Mais l’arrivée d’un pervers va tout bouleverser : la jeune fille va devoir subir le harcèlement quotidien de ce dernier à l’intérieur de son foyer. En prime, Mme Hallet, mère du pédophile présumé, est de plus en plus intriguée à l’idée de ne jamais rencontrer Mr Jacobs.
Intrigués par la cachette d’une cave située sous le tapis de la salle à manger, Mme Hallet et son fils suspectent la jeune fille de cacher un secret macabre. L’inspecteur Ron Miglioriti rodant aux alentours de la demeure commence également à soupçonner l’existence imperceptible de Mr Jacobs. Un soir, Rynn rencontre par hasard le jeune Mario, un magicien fantaisiste. Ensemble, ils vont entamer une liaison amoureuse mais vont devoir faire preuve de malice pour éclipser la vérité sur cette mystérieuse famille. La petite fille au bout du chemin est donc le genre de film qui doit sa réussite à une narration atypique, aussi déroutante et insolite que captivante et poétique. En auscultant le profil peu commun d’une adolescente réfléchie mais solitaire et introvertie, Nicolas Gessner sème le doute, attise la confusion, interroge sans cesse le spectateur sur sa mystérieuse personnalité.
Récompensée d’un prix d’interprétation pour son rôle, Jodie Foster se révèle surprenante de flegmatisme.
Martin Sheen est proprement exécrable dans ce rôle de pédophile prêt à transgresser les tabous pour assouvir ses pulsions perverses. Dans un rôle plus modeste, Mort Shuman surprend, endossant avec bonhomie le personnage sympathique d’un flic déférent mais quelque peu désorienté par l’intelligence finaude de Rynn Jacobs.
Etrange, déroutant, subtilement envoûtant et remarquablement structuré, La Petite Fille au bout du Chemin nous laisse finalement dans un sentiment d’incertitude et d’amertume face au portrait énigmatique d’une ange déchue. Scandée par cette présence mature d’une Jodie Foster, ce film inclassable restera un rébus sans résolution qui nous laisse sur l’expression amorphe d’une adulescente suave et attachante.
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