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Un étranger tente de convaincre une famille heureuse que leur fille Ivy n'est autre que la réincarnation de sa propre fille Audrey brûlée vive dans un accident de la route 11 ans auparavant.
Par Bruno Dussart
En 1977, Robert Wise renoue avec le cinéma d’épouvante en s’inspirant du roman de Frank De Felitta, The Case for Reincarnation. Des aveux de l’écrivain, le thème métaphysique de la réincarnation est inspiré de l’expérience vécue par son propre fils, âgé de 6 ans, qui, interpréta un jour un air de ragtime au piano alors qu’il n’avait jamais suivi de cours de musique.
Etonnamment oublié depuis sa sortie en 1977 et comparé à l’époque à un nouvel ersatz sur l’enfance diabolisée (afin de récupérer les succès dans l’air du temps de l’Exorciste et la Malédiction, sorti un an au préalable), Audrey Rose est un remarquable drame psychologique avant d’être une œuvre fantastique teintée de mysticisme. Dotée d’un scénario aussi dense que passionnant potentiellement inspiré de faits réels, l’oeuvre du grand Robert Wise
doit également beaucoup à la sobriété de ses quatre interprètes principaux.
En évoquant le thème métaphysique de la croyance orientale en la réincarnation, Robert Wise nous fait partager le quotidien trouble de parents désarmés face aux élucubrations d’un quidam convaincu que leur propre fille est la réincarnation de sa défunte Audrey Rose. Celle-ci, morte dans un accident de voiture, avait péri à l’âge de 5 ans, asphyxiée, brûlée vive à l’intérieur du véhicule. Les parents d’Ivy ont des raisons de s’inquiéter : leur jeune fille est en proie dès son plus jeune âge à de violentes crises de somnambulisme. Elle est prise de convulsions suite aux visions nocturnes incontrôlables d’un brasier. Les parents, d’abord réticents et dubitatifs face aux déclarations de Mr Hoover, se refusent à croire que leur fille est une âme contrariée, anciennement matérialisée par la personnalité de Audrey Rose.
La première partie du film privilégie la dimension psychologique des parents incrédules, ce qui favorise notre conviction que la réincarnation n’est nullement une religion de pacotille. En effet, cette doctrine faisant état de la renaissance de l’âme dans un nouveau corps est pratiquée par 700 millions d’hindouistes dans les rangs desquels Mr Hoover a pénétré après des années de recherche. Les séquences chocs de la fillette transie d’effroi impressionnent autant qu’elles émeuvent le spectateur aussi désarçonné que les parents démunis. Des géniteurs désorientés, paniqués par l’instinct de peur, se refusant de croire que leur fille était préalablement une autre identité incarnée à une époque distincte.
La seconde partie dépeint avec concision le procès assigné à Mr Hoover, accusé de kidnapping. Il a décidé en désespoir de cause de ravir dans son appartement la jeune Ivy, à nouveau victime d’une crise d’hystérie. Ce procès tente d’amener la preuve devant témoins (et
show télévisé avide de sensationnalisme) que la réincarnation est l’unique explication de l’état pathologique d’Ivy, un plaidoyer qui convainc peu à peu la mère de la fillette. La dernière partie, douloureuse et éprouvante, s’intéresse à une séquence d’hypnose décrétée par le tribunal. Une salle tamisée à l’ambiance anxiogène est froidement reconstituée pendant qu’un médecin va tenter devant une assemblée de spectateurs d’exorciser la personnalité dédoublée de l’innocente Ivy.
Mis en scène avec sobriété (l’auteur refuse le spectaculaire racoleur), Audrey Rose est un passionnant récit métaphysique instaurant une vraie réflexion sur la croyance divine de la réincarnation. Aidée par la prestance de protagonistes en pleine quête existentielle, l’œuvre de Wise tente de nous amener à nous interroger sur notre destinée potentielle. Tandis que l’épilogue bouleversant souhaite sagement nous réconforter sur cette croyance intemporelle après un point d’orgue en demi-teinte, aussi tragique que salvateur.
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