Critique de film

Naked Vengeance

"Naked Vengeance"
affiche du film

Détruite par la fin brutale de son mari exécuté en plein L.A. et devant ses yeux par une petite frappe, Carla retourne dans sa ville natale pour tenter d'oublier. Mais la tranquillité ne sera qu'éphémère lorsque la jeune femme, après avoir repoussé les avances d'une brute du coin subira un viol atroce mené par ce dernier et ses potes...En prime, Carla, décidément bien pestiférée, assiste au double-meurtre de ses parents par la bande de raclures. Internée dans un hôpital psychiatrique pour perte de raison aggravée, Carla s'échappe avec comme carburant de la vengeance. Avec-plomb de préférence.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Naked vengeance - J’irai cracher sur ta tombe
Par : Fred Pizzoferrato

Ce petit film en provenance des Philippines se situe à mi-chemin entre le Rape and revenge (fortement inspiré par I Spit on your grave) et le vigilante dans la lignée d’Un justicier dans la ville. Bref, le genre de long-métrage devant lequel la critique bien-pensante se bouche le nez et crie au fascisme mais dont l’intrigue simple et ramassée saura parler aux véritables amateurs d’exploitation.

La belle Carla (Deborah Tranelli dont le titre de gloire – relative – est sa participation à 138 épisodes de la série fleuve « Dallas ») n’a pas de chance : au sortir d’une soirée pour fêter ses 5 ans de mariage son mari est abattu par une raclure qui s’apprêtait à violer une demoiselle. Bien sûr, la police est impuissante à mettre le coupable derrière les barreaux faute de preuves et de témoins. Même la demoiselle agressée renonce à témoigner. Les flics eux-mêmes capitulent, écoeurés par le laxisme d’une justice mollasse qui les empêche de donner aux voyous le traitement mérité, à savoir une bonne balle entre les deux yeux.

Désireuse de fuir la violence urbaine, Carla rentre dans son village natal où elle espère trouver un peu de quiétude. Hélas, la jeune femme constate rapidement qu’elle n’est en sécurité nulle part. A peine arrivée, en effet, Carla va être tour à tour reluquée vicieusement par un voyeur, draguée sans finesse, pelotée agressivement et même à moitié violée. Le barman, le boucher, l’idiot du village et le pompiste, tous sont des phallocrates en rut désireux de montrer qu’ils sont des hommes, des vrais, à Carla, jugée allumeuse. Même le shérif du bled prend la situation à la légère et excuse ses cons citoyens, lesquels ne sont, selon lui, « pas vraiment méchant ». Et puis si Carla veut arrêter d’être zieutée par la masse masculine il suffirait qu’elle y mette un peu du sien, en arrêtant de porter des tenues trop courtes ou en fermant ses rideaux. Bref, décidé à faire sa fête à la citadine, les racailles débarquent chez elle et vont la violer à tour de tour histoire de se détendre un peu...Malheureusement, ils sont interrompus par les parents de la pauvre Carla, lesquels rentrent inopinément et sont abattus par les violeurs résolus à ne pas laisser de témoin. Ils laissent Carla pour morte mais la jeune femme survit. Traumatisée et soi-disant amnésique, elle échoue dans un hôpital qu’elle finit par quitter subrepticement. N’attendant plus rien de la justice, la demoiselle se lance à la poursuite des pourritures qui ont détruit sa vie. Un seul mot d’ordre : vengeannnnnnnnnnnnnnnce !!!!

Dans le genre auto-justice radical et volontiers « réac », ce petit film constitue une bonne surprise. Le cinéaste philippin Cirio H. Santiago, bien connu des amateurs de bis (on lui doit des titres comme Caged fury, Stryker, Dune warriors ou Bloodfist 2050) ne perd pas de temps avec de la psychologie ou du développement de personnage et privilégie l’action sanglante, l’exploitation crapuleuse et le voyeurisme. De toutes manières, impossible pour Santiago de trainer en route puisque Naked Vengeance dure (dans la version jadis éditée en France) moins de 75 minutes, soit juste le temps imparti à l’héroïne pour se venger des méchants de manière bien gore. A chaque mise à mort, Carla fait, en effet, pisser le sang des criminels à la grande satisfaction du spectateur : impact de balles, feu de joie, coups de lame et, comme dans tout rape and revenge qui se respecte, une castration du plus bel effet.

Emporté par son délire, Santiago finit par liguer toute la population masculine locale (pas très futée) contre notre justicière. Les mâles s’arment de manière sommaire, se révoltent et crient "mort à la salope" en rêvant de trucider la pauvre Carla dont le plus grand crime est d’avoir remis en cause la domination masculine régnant dans la région.

Naked Vengeance, à l’image du fameux Le Justicier de New York, perd alors toute crédibilité mais n’en reste pas moins terriblement divertissant et complètement outrancier dans sa folie vindicative. Peu décidée à baisser les bras, notre héroïne poursuit en effet sa croisade purificatrice et dégomme à tout va la moindre racaille ayant l’impudence de croiser son chemin. A la fin, justice est faite et Carla peut poursuivre son extermination à plus grande échelle : elle rentre dans la métropole pour retrouver le meurtrier de son époux et assume son statut de pur vigilante.

Au niveau du casting, Deborah Tranelli (parfois à poil mais pas toujours, malheureusement) ne ménage pas ses efforts et livre une performance solide face à une horde de criminels caricaturaux. Elle interprète également la très banale chanson du générique, « Still got a love », un titre typique des années ’80 qu’il vaut mieux oublier. Les dialogues sont, pour leur part, simplistes et la mise en scène parfois brouillonne ou, au mieux, rudimentaire ce qui confère, paradoxalement, une force supplémentaire à ce long-métrage brut de décoffrage. Si la scène de viol reste timide (selon les standards du cinéma d’exploitation bien évidemment), la punition réservée à chacune des crapules ne lésine pas, de son côté, sur la cruauté et le sang versé. Un cocktail de nudité, d’érotisme trouble et de violence graphique dans la grande tradition de l’exploitation racoleuse et putassière. Bref, une certaine idée du bonheur cinématographique.

Malgré ses défauts et son manque de budget Naked Vengeance s’affirme au final comme un très sympathique "vigilante movie", divertissant à souhait et franchement plaisant à regarder. Sans égaler ses modèles (en particulier I Spit on your grave et, dans une moindre mesure, Un justicier dans la ville), le film constitue une bon divertissement qui plaira sans hésiter aux amateurs de justice sans sommation et de cinéma joyeusement réactionnaire. A découvrir.


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